Earnscliffe aperçu électoral 2019

Earnscliffe Aperçu électoral 2019

Introduction

Bienvenue à Aperçu électoral, l’analyse d’Earnscliffe de la campagne fédérale de 2019, qui vous sera livré tous les mardi matin. Earnscliffe résumera chaque semaine les principales nouvelles de la campagne, les stratégies qui motivent les partis, et les principaux enjeux qui surviennent sur le parcours de campagne.

À tous les niveaux chez Earnscliffe, nos conseillers multipartisans ont des décennies d’expérience de campagnes. Aperçu électoral tirera parti de ces connaissances de gestion de campagne, de l’établissement de stratégies, de gestion des crises et de travail dans les cellules de crises. Vous entendrez directement ce qu’ils ont à dire pendant que nous nous efforcerons de nous tenir à la une des actualités et de nous concentrer sur les questions relatives aux politiques, aux partis et aux enjeux stratégiques particuliers et leurs répercussions.

Et ils sont partis…

La 43e élection générale du Canada a commencé hier, alors que le premier ministre visitait la gouverneure générale, qui a signé le bref qui l’a rendue officielle. Les Canadiens et Canadiennes se rendront aux urnes le 21 octobre à la fin d’une campagne de 40 jours.

Les chefs des partis ont mis leurs thèmes de campagne préférés dans la vitrine alors que commençait la campagne :

  • Justin Trudeau a déclaré que les électeurs avaient un choix clair à faire : « continuer à avancer et à tirer parti des progrès que nous avons accomplis, ou revenir à la politique des années Harper ». Ce n’était qu’une des six références de M. Trudeau à l’ancien premier ministre conservateur; Andrew Scheer n’a pas été mentionné une seule fois.
  • Prenant la parole à Trois-Rivières, Andrew Scheer a soulevé l’enjeu SNC-Lavalin et a également choisi la voie politique lors du lancement de sa campagne : « Les libéraux ne s’intéressent qu’au pouvoir. Les conservateurs s’intéressent à vous et à votre famille. »
  • Jagmeet Singh s’en est tenu à la politique du NPD à London, axée sur l’assurance-médicaments, le logement abordable et la création d’emplois dans les technologies propres. Les observateurs des médias ont indiqué qu’il avait réussi le lancement de sa campagne, mais malheureusement, le NPD a perdu deux candidats hier, un en Colombie-Britannique en raison de commentaires antérieurs dans les médias sociaux et un au Québec à la suite d’allégations de violence conjugale.
  • Déclarant que le monde est confronté à une crise climatique, Elizabeth May a déclaré qu’il s’agissait « de l’élection la plus importante de l’histoire du Canada ».
  • Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a été qualifié de criminel climatique et de raciste par un chahuteur lors de l’ouverture d’un bureau de comté à London. Il a déclaré que les principaux enjeux de la campagne seraient l’immigration et la taxation.

Hier, quatre des six dirigeants étaient fortement d’accord sur un sujet : le projet de loi 21 du Québec, qui interdit le port de tout symbole religieux à un large éventail de fonctionnaires et de représentants. Messieurs Trudeau, Scheer et Singh et Madame May s’y opposent tous, mais aucun n’est disposé à prendre une mesure fédérale pour intervenir. C’est ce qui a poussé le premier ministre Legault et le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, à avertir les dirigeants fédéraux de « se mêler de leurs affaires ». Compte tenu de la grande popularité du projet de loi 21 chez les Québécois, cette question perdurera tout au long de la campagne.

#elxn43 et les médias 

Les lancements de campagne sont rarement les moments les plus mémorables des élections fédérales, et le lancement d’hier n’a pas fait exception à la règle. Malgré toute la mise en scène politique, de bonnes séances de photos, des tribunes colorées et des figurants omniprésents en toile de fond, c’est la capacité des médias à établir l’ordre du jour qui a sans doute eu le plus grand impact le premier jour de l’élection fédérale de 2019.

Pour les médias, les campagnes politiques sont malheureusement traitées davantage comme des événements sportifs, où l’accent est mis sur le pointage et sur le gagnant. L’accent est mis sur les reportages essoufflés sur les concours étroits et la couverture qui recherche des nouvelles susceptibles d’avoir une incidence sur le jeu et les résultats. Cette approche médiatique était clairement visible le premier jour de la campagne.

L’article à la une du Globe and Mail sur l’enquête de la GRC consacré à l’éventuelle entrave à la justice dans l’affaire SNC Lavalin a réussi à établir l’ordre du jour, les conservateurs se sont jetés sur le scénario avec une passion rhétorique et les libéraux ont été forcés de réagir. L’encre qui s’est répandue dans le Globe était plus remarquable pour sa capacité à perturber le déclenchement des élections que pour ces nouvelles. Évidemment, il s’agit d’un coup de marketing pour le journal – le Globe a au final remporté de façon prévisible la lutte pour l’ordre du jour entre les politiciens et les médias. Mais comment cela aide-t-il à informer les électeurs?

C’est là que nous prenons un moment pour sympathiser avec les planificateurs de tournées d’arrière-scène et rédacteurs de discours des partis qui ont travaillé pendant des semaines, sinon des mois, à concevoir l’événement parfait de lancement de campagne.

Le début de la campagne devrait être un moment où les électeurs canadiens entendent ce qui est offert par les partis : les discours des dirigeants politiques conçus pour définir le cadre du parti pour l’élection définissent la question idéale des urnes pour les électeurs et motivent ces derniers à choisir leur bannière de parti.

Ce sont des priorités moindres pour les médias. Bienvenue à l’élection de 2019. Cette tendance persistera tout au long de la campagne.

Les leaders et les partis sur la ligne de départ

In 2015, Justin Trudeau a mené ses libéraux à remporter une victoire électorale avec une confortable majorité de 11 sièges. Fort d’une plate-forme électorale qui détaillait 289 promesses distinctes, Trudeau a su triompher des critiques voulant qu’il n’était « tout simplement pas prêt » et a réussi à s’appuyer sur l’opinion largement répandue selon laquelle il était temps pour un changement.

En 2019, M. Trudeau n’est plus un nouveau venu qui cherche à se définir et à faire ses preuves, mais un candidat sortant qui a un dossier à célébrer… et à défendre.  Bien que le suivi des lettres de mandat du gouvernement puisse à juste titre rendre compte de l’achèvement de bon nombre de ces promesses ou des progrès réalisés à cet égard, cela n’apaisera pas les critiques sérieuses du bilan du gouvernement. L’abandon de la réforme électorale, les nombreux échecs dans le dossier de la réconciliation autochtone, les retards dans la construction des pipelines et la promesse d’un « déficit modeste à court terme » pour chacune des trois premières années, suivis d’un budget équilibré d’ici l’exercice 2019-2020 seront grandement cités. M. Trudeau fera également face à des critiques sur une série de questions d’éthique et de jugement : les vacances chez l’Aga Khan, le voyage embarrassant en Inde et l’affaire SNC Lavalin qui a paralysé le gouvernement pendant des semaines plus tôt cette année.

Andrew Scheer est en lice pour sa première élection nationale en tant que chef.  Comme la plupart des débutants, il continue d’apprendre le poste et de se présenter au peuple canadien. Il a été décrit comme « Stephen Harper avec un sourire », mais alors que son prédécesseur pourrait en effet être ombrageux et austère, M. Scheer n’a pas encore prouvé qu’il a l’intelligence et les capacités tactiques de M. Harper. Sa récente tentative de repousser les leurres des libéraux sur les questions sociales-conservatrices était décevante et n’a pas mis à la question un point marquant.

Le caucus conservateur est capable et comprend plusieurs anciens ministres du gouvernement précédent.  Leur objectif collectif dans la campagne sera économique, en particulier l’abordabilité. Pour leurs vrais croyants, ils attaqueront les libéraux sur les déficits et la dette, mais ils iront aussi directement à l’adéquation de M. Trudeau, la classe moyenne, en ciblant les Canadiens qui sont anxieux et craintifs pour leur avenir économique.

Depuis 2015, des gouvernements conservateurs ont été élus en Alberta, au Manitoba, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard. Bien que cela soit utile à M. Scheer dans la plupart des provinces, cela pourrait devenir un handicap en Ontario, parce que les libéraux travaillent fort pour le lier au gouvernement très impopulaire de Doug Ford.

Jagmeet Singh, du NPD, a connu une transition difficile de député provincial de l’Ontario à celui de chef national. Il a perdu un temps précieux en choisissant de ne pas se présenter à une élection partielle peu après sa victoire à la direction en octobre 2017.  Il a eu une courbe d’apprentissage difficile en tant que chef et a eu de la difficulté à se connecter avec le compétent et expérimenté caucus national : 15 députés néo-démocrates élus en 2015 ont choisi de ne pas se présenter cette fois-ci. La décision du chef et du caucus de destituer la députée de la Saskatchewan Erin Weir à la suite d’une enquête de harcèlement sexuel a été un autre mauvais moment mal géré qui a provoqué la colère des néo-démocrates plus âgés de sa province d’origine.

Les défis du NPD sont encore plus grands. Le parti a clôturé l’année 2018 avec des actifs d’une valeur de 4,7 millions de dollars et des passifs totalisant 9,2 millions de dollars, laissant le parti avec un déficit de 4,5 millions de dollars.  En 2019, les efforts de collecte de fonds du parti ont été dépassés par ceux du Parti Vert. Les élections étant maintenant en cours, le NPD est toujours à la recherche de candidats dans 104 des 338 circonscriptions. Pris ensemble, ces défis sont intimidants, mais les initiés de longue date du NPD ont déjà vu le parti déclaré mort avant de se relever des cendres pour se battre à nouveau. Nous verrons bien.

LIRE: Stratège chevronné du NPD, Robin Sears se remémore les défis qu’a dû relever le NPD au cours des dix dernières années et la façon dont ses propositions stratégiques risquées et audacieuses pourrait assurer l’avenir du parti.

 

Le Parti Vert

Au cours des 12 à 18 derniers mois, Elizabeth May et le Parti Vert ont vu leur appui croître considérablement à travers le pays. Le suivi des sondages de CBC indique que le parti a maintenant 11 % des votes à l’échelle nationale, comparativement à 13,8 % pour le NPD. Plusieurs membres du Parti Vert ont récemment été élus aux assemblées législatives provinciales et Mme May a été rejointe à la Chambre par Paul Manly après une élection partielle en Colombie-Britannique en mai 2019.

Les votes pour le Parti Vert ont tendance à être concentrés de façon sous-régionale, ce qui suggère qu’ils obtiendront probablement un nombre limité de sièges le 21 Octobre, mais si leur soutien actuel tient ou prend de l’ampleur, leur influence sur les résultats électoraux finaux ailleurs pourrait être considérable.  Dans les circonscriptions où deux ou trois partis sont très compétitifs, les votes que le Parti Vert soutire d’autres candidats pourraient décider du candidat qui finit par gagner. Il reste à voir si le Parti Vert a l’acuité organisationnelle nécessaire pour transformer le soutien en circonscriptions, mais une chose est certaine : la force croissante du Parti Vert signifie que ses politiques et ses candidats devront faire face à un niveau accru d’examen qu’ils n’ont pas connu dans le passé.

Le Bloc

Après que leur appui ait chuté à la suite des dernières élections, le Bloc s’est remis sur les rails avec un nouveau chef compétent, Yves-François Blanchet. Ayant obtenu des résultats autour de la marque de 20 pour cent dans les derniers sondages au Québec, le Bloc semble prêt à conserver la plupart de ses sièges ou peut-être faire encore mieux selon la façon dont il s’en sort dans les courses serrées. Il devra faire face à une certaine concurrence de la part des conservateurs alors qu’Andrew Scheer cherche à attirer des votes souverainistes qui pourraient autrement être attirés par le Bloc. Dans le Québec rural, le soutien solide de Scheer à la gestion de l’offre est une base solide pour l’avenir.

Le Parti populaire du Canada

Dans la course à la direction du Parti conservateur qui a élu Andrew Scheer, Maxime Bernier a mené le scrutin jusqu’à la ronde finale, quand il a été battu de justesse par Andrew Scheer. Par la suite, Bernier s’est éloigné des conservateurs pour créer un nouveau parti, le Parti populaire du Canada (PPC). Reflétant les racines libertaires de M. Bernier, le parti est d’extrême droite et représente un gouvernement limité, une forte réduction de l’immigration, la fin du multiculturalisme et le soutien des valeurs canadiennes traditionnelles, rejetant l’alarmisme des partisans du réchauffement climatique et mettant fin à la gestion de l’offre.

Il y avait initialement spéculé que le PPC pourrait amenuiser la base électorale conservatrice, mais ces préoccupations ont diminué depuis que les commentaires publics de M. Bernier et de ses candidats ont montré des points de vue extrémistes. Sa récente diatribe sur Twitter attaquant Greta Thunberg, une militante climatique suédoise de 16 ans, en termes très personnels, était exagérée, et il a été contraint de faire marche arrière.

Les sondages : Le potentiel de nouveaux sommets et de nouveaux creux

Nouveaux sommets : En 2015, quatre partis (les libéraux, les conservateurs, le NPD et le BQ) ont remporté 95,8 % des voix et le Parti Vert (3,4 %) a capturé la quasi-totalité des 4,2 % restants. Selon les sondages, les quatre grands partis ne représentent plus que 86 % des voix, le Parti Vert, environ 11 % et le PPC, environ 2 %.  Le Parti Vert est sur le point d’établir un nouveau sommet et de saper un nombre important de votes, principalement du NPD.

Nouveaux creux : En 1997, les libéraux sont devenus le premier parti à obtenir une majorité avec seulement 38,5 % des voix à l’échelle nationale, en grande partie parce que quatre autres partis ont chacun remporté 11 % – 19 % des voix.  À l’heure actuelle, les libéraux et les conservateurs sont tous les deux au milieu de la trentaine et si ces chiffres se maintiennent, la sagesse conventionnelle suggère l’avènement d’un gouvernement minoritaire, mais nous pouvons aussi voir un parti battre le record de 1997 et obtenir une majorité avec moins de 38,5 % des voix.

En un mot, la course débute avec les libéraux et les conservateurs à peu près à égalité à l’échelle nationale et le NPD à un tiers de distance, mais chaque parti partage des régions avec un soutien fiable et des régions où ils ont besoin de faire campagne avec persévérance. Et sans oublier à quel point la campagne compte, le 11 septembre 2015, les sondages ont montré que ces trois partis étaient tous au coude à coude autour de 30 %. En quelques semaines, les libéraux saperaient l’appui du NPD, obtenant 39,5 % des voix et une majorité de sièges; tandis que les conservateurs deviendraient l’opposition officielle malgré avoir reçu presque autant de votes qu’ils l’avaient fait lorsqu’ils ont obtenu 39,6 % et qu’ils ont obtenu leur majorité en 2011.


Qui est en charge?

Avec le coup d’envoi officiel de l’élection et la dissolution du parlement, des changements importants sont activés dans l’ensemble du gouvernement par ce qu’on appelle la convention de transition. L’idée est essentiellement de restreindre les actions du gouvernement afin de limiter la façon dont les leviers du pouvoir peuvent être utilisés pour influencer l’opinion des électeurs. Le travail du gouvernement se limite maintenant à des questions courantes, non controversées, urgentes et dans l’intérêt public, prises avec l’accord des partis d’opposition, ou facilement réversibles par un nouveau gouvernement.

Publié à l’origine par le Bureau du Conseil privé (BCP) en 2015 pour limiter les pouvoirs de négociation d’un accord commercial s’étant poursuivi jusqu’à cette élection, une nouvelle version a été publiée hier qui fournit notamment maintenant des conseils sur la continuité des initiatives réglementaires. Ces nouvelles orientations donnent expressément à la fonction publique l’autorisation d’aller de l’avant avec la mise en œuvre des propositions réglementaires qui avaient reçu l’approbation finale. Cela est important parce cela comprend les récentes modifications réglementaires apportées par le gouvernement à l’évaluation environnementale, le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB) et les prix des produits pharmaceutiques.

À l’intérieur du gouvernement, la convention de transition signifie de grands changements. Les ministres et les quelques membres du personnel politique laissés pour compte (la plupart sont en campagne à travers le pays) sont très limités dans leur capacité de donner des directives et pratiquement toutes les communications avec leur ministère doivent être soigneusement filtrées par leur sous-ministre. La fonction publique prend la relève, opérant en grande partie indépendamment de ses superviseurs politiques, mais consciente de la nécessité de fonctionner avec retenue. C’est aussi pendant cette période que la fonction publique se tourne sérieusement vers la préparation de livres de transition qui évaluent les politiques selon différents scénarios, engagements de plateforme et résultats électoraux.

 Élection 2019 dates clés 

  • 11 septembre 2019 – Début de la période du bref électoral
  • 12 septembre 2019 – Débat des chefs Maclean’s et CityTV
  • 26 septembre, 2019, 14 h, heure locale – Date limite de mise en candidature
  • 1 octobre 2019 – Débat Munk sur la politique étrangère
  • 2 octobre 2 2019 – Débat des chefs à TVA, en français
  • 7 octobre 2019 – Ouverture des scrutins anticipés
  • 7 octobre 2019 – Débat des chefs, en anglais
  • 10 octobre 2019 – Débat des chefs, en français
  • 21 octobre 2019 – Jour de l’élection