Un paysage politique plus compétitif à la clôture de la session en Ontario 

Illustration: Earnscliffe

L’Assemblée législative de l’Ontario a levé le siège ce 2 juin, deux jours plus tôt que prévu. La session a compté un peu moins de 30 jours de séance, donnant aux députés plus de temps qu’anticipé dans leur circonscription. L’Assemblée ne rouvrira ses portes qu’après les élections municipales ontariennes du 26 octobre, donc le Queen’s Park rouvrira le 27 octobre.

338canada.com/ontario/

À l’issue du printemps, le premier ministre Doug Ford et les conservateurs progressistes de l’Ontario (PC) conservent une avance dans les sondages d’opinion publique. Les chiffres agrégés accordent aux PC une avance de trois points de pourcentage sur le Parti libéral de l’Ontario, à 38 % contre 35 % respectivement. Le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario, le parti formant l’opposition officielle, se retrouve en troisième position à 19 %. Bien que les PC conservent leur avance, la session parlementaire a laissé entrevoir un environnement politique plus concurrentiel que celui auquel le gouvernement majoritaire, élu trois fois, est habitué depuis plusieurs années.

Les enjeux qui avaient permis au gouvernement Ford de surmonter des périodes économiques difficiles, notamment son positionnement sur les tarifs douaniers et l’emploi, ont été en partie éclipsés par les controverses entourant le projet de loi 5, une transparence gouvernementale et les perceptions liées aux dépenses publiques. Cette situation a permis aux libéraux de l’Ontario de regagner du terrain malgré l’absence d’un chef permanent et certaines tensions internes. L’abordabilité et les préoccupations éthiques demeurent des sujets sur lesquels les libéraux insistent, même si le parti ne choisira son nouveau chef qu’à l’automne. Bien que le NPD ait continué de se positionner comme une opposition vigoureuse sur les enjeux du travail, de la santé, du logement et des droits autochtones, il risque de subir la pression d’une reprise libérale. Il reste aussi à voir l’impact qu’aura l’élection d’Avi Lewis à la tête du NPD fédéral sur les perspectives du parti en Ontario, surtout que certains membres du parti à travers les provinces ont choisi de prendre leurs distances du fédéral. Finalement, la politique ontarienne demeure dominée par Doug Ford, mais elle semble plus compétitive aujourd’hui qu’en 2025.

Bilan de la session gouvernementale

Réélu lors de l’élection anticipée du 27 février 2025 avec un mandat axé sur la lutte contre les tarifs douaniers, Doug Ford a continué de gouverner autour des priorités de sa stratégie « Protéger l’Ontario » : commerce, infrastructure, logement, minéraux critiques, énergie et industrie manufacturière. Ces thèmes ont continué à dominer la session.

Le premier ministre Ford a continué de soulever des réactions en poursuivant des réformes centrées sur la réduction des formalités administratives afin de favoriser le développement économique. Plusieurs de ces réformes législatives ont été d’ordre général, bien que leurs modalités d’application demeurent à préciser par voie réglementaire. Les mesures liées à la politique « acheter ontarien », adoptées lors de la session d’automne, devraient également être déployées progressivement au cours de l’année. Parmi les principales initiatives de la session figurent le projet de loi 5, visant à accélérer l’approbation de projets miniers et énergétiques, ainsi que le budget de 2026, qui met l’accent sur la protection contre les tarifs douaniers, les allégements fiscaux, l’aide au logement, les infrastructures, le secteur manufacturier, les minéraux critiques et le soutien aux entreprises.

Le budget de 2026 mise clairement sur la protection contre les tarifs douaniers et la croissance. Il prévoit notamment une réduction du taux d’impôts sur les petites entreprises de 3,2 % à 2,2 %, une exonération d’un an de la TVH sur les nouvelles habitations de moins d’un million de dollars, des dépenses en infrastructures, des mesures de soutien au secteur manufacturier, l’agrandissement des établissements correctionnels et des fonds supplémentaires pour le matériel scolaire pour les enseignants. Le budget a toutefois suscité certaines critiques en raison d’un déficit projeté de 13,8 milliards de dollars et un retour à l’équilibre reporté à 2028-2029 alors que le gouvernement parie que ces mesures de relance préserveront les emplois et recettes.

Plusieurs décisions gouvernementales ont également alimenté la controverse, notamment les zones économiques spéciales, certaines modifications à la réglementation environnementale, les changements apportés à l’accès à l’information (FOI), une pause hivernale inhabituellement longue de l’Assemblée législative, l’agrandissement de l’aéroport Billy Bishop, les radars photo ainsi que l’achat, puis le retour, d’un avion privé en 2026. Les controverses entourant l’avion et l’accès à l’information se sont succédé rapidement et, pendant un certain temps, ont particulièrement contribué à réduire temporairement l’écart entre les progressistes-conservateurs de Ford et les libéraux de l’Ontario qui étaient sous la direction d’un chef par intérim.

En ce qui a trait au rôle de l’Ontario dans la fédération canadienne, M. Ford et le premier ministre Mark Carney entretiennent une relation de travail généralement basée sur une approche pragmatique. Le logement, les infrastructures, les tarifs douaniers, les minéraux critiques et plusieurs projets d’intérêt national constituent des terrains d’entente entre les deux. L’entente conclue en mars 2026 sur le logement illustre cette approche collaborative entre le provincial et le fédéral, même si le premier ministre ontarien continue de faire pression sur Ottawa pour défendre les intérêts industriels de la province. À l’inverse, la relation entre M. Ford et le chef conservateur fédéral Pierre Poilievre demeure plus distante, bien qu’elle semble s’améliorer graduellement.

Un regard vers l’horizon

Au cours de la pause d’été, le premier ministre Ford et les PC de l’Ontario devraient profiter pour gouverner depuis le terrain : tournées dans les circonscriptions, annonces de mesures locales dans les domaines de l’infrastructure, la santé, les routes, le logement, l’exploitation minière et des mesures en lien avec l’abordabilité, tout en assurant la visibilité des députés dans leurs communautés. Cette interruption de 21 semaines permettra aux PC de promouvoir leur programme de manière directe.

Vu l’examen de l’ACEUM à venir, le premier ministre Ford entend ressortir son côté Capitaine du Canada en se rendant aux États-Unis pour plaider contre les tarifs douaniers et en faveur d’un renforcement des partenariats économiques canado-américains. Il coanimera notamment une réception d’affaires à Washington avec l’Américain Ross Perot Jr., président de la Chambre de commerce des États-Unis. À la fin juin, il participera également à la Conférence 2026 des provinces canadiennes et des États du sud-est des États-Unis en Caroline du Sud, ainsi qu’à la réunion de la Western Governors’ Association dans l’état du Utah, afin de promouvoir sa vision de la Forteresse Amérique-Canada.

Au moment de la rédaction de cette note, des remaniements ministériels, d’au moins portée limitée, apparaissent possibles.

En octobre, lors du retour de l’Assemblée législative, il faudra s’attendre à une attention renouvelée envers les tarifs douaniers et l’ACEUM, l’emploi, la mise en œuvre de politique sur le logement, les règlements autour du Cercle de feu et les zones économiques spéciales, les infrastructures, les mesures d’allègement pour l’abordabilité, ainsi que la gestion des critiques liés à la transparence, à la consultation des communautés autochtones, aux soins de santé et aux préoccupations éthiques. Le premier ministre Ford devra alors faire face à un Parti libéral doté d’un chef nouvellement élu, ce qui pourrait se traduire par de nouvelles stratégies et tactiques pour faire avancer le programme gouvernemental. Dans quatre mois, ce programme sera vraisemblablement axé sur la protection économique, la livraison des infrastructures et des mesures populistes ciblées en matière d’abordabilité. L’automne devrait être dominé par un message centré sur le slogan « construire, protéger et encourager la compétition », reflété dans des approbations accélérées, une réponse pro-travailleurs aux tarifs douaniers, davantage d’infrastructures et une posture économique de plus en plus affirmée priorisant l’Ontario. L’automne pourrait apporter son lot d’annonces en matière d’approvisionnement, de fabrication et de chaînes d’approvisionnement liées aux dépenses fédérales en défense, la province ayant déjà donné un aperçu d’une stratégie industrielle de défense.

Parti libéral de l’Ontario

Bien qu’il soit toujours sans chef, le Parti libéral de l’Ontario a récemment connu un regain de popularité. Si cette remontée dans les sondages peut s’expliquer en partie par la popularité de la marque Carney à l’échelle nationale, l’attention des observateurs politiques à travers les provinces se tourne désormais vers la course à la chefferie du parti, une course qui commence tout juste à prendre forme.

Pour la troisième fois depuis 2010, les libéraux consacreront une bonne partie de l’été à la recherche de leur prochain chef.

Ces derniers mois, la course semblait reposer largement sur le succès (ou le malheur) politique de Nate Erskine-Smith, arrivé deuxième à la course à la chefferie de 2023. Longtemps considéré comme le favori potentiel, le député fédéral de Beaches–East York avait tenté de tirer parti d’un siège vacant dans la circonscription voisine de Scarborough-Sud-Ouest pour favoriser sa quête à la chefferie. Il estimait qu’une victoire à l’Assemblée législative renforcerait considérablement ses chances de devenir chef du parti, mais cette stratégie ne s’est pas concrétisée. Il a été défait par Ahsanul Hafiz lors d’une investiture largement disputée, s’inclinant par seulement 19 voix au deuxième tour. Depuis, il a indiqué que ses intentions de briguer la chefferie au niveau provincial semblait de moins en moins probable.

Avec le retrait apparent d’Erskine-Smith, plusieurs candidats ont officiellement manifesté leur intérêt:

  • Navdeep Bains, ancien ministre fédéral du gouvernement Trudeau
  • Rob Cerjanec, député d’Ajax
  • Lee Fairclough, députée d’Etobicoke—Lakeshore et ancien cadre du secteur hospitalier
  • Dylan Marando, ancien membre du personnel politique
  • Navdeep Bains et Lee Fairclough sont considérés comme les principaux prétendants au titre en ce début de course.

NPD de l’Ontario

Sous la direction de la cheffe de l’opposition officielle, Marit Stiles, le NPD de l’Ontario (NPDO) a articulé une grande partie de son discours printanier autour d’un « bulletin du budget » divisé en cinq volets et visant à évaluer si le budget de 2026 du gouvernement :

  • A réduit le coût du logement et de l’épicerie;
  • A amélioré les services de santé et d’éducation;
  • A favorisé la construction de logements abordables;
  • A créé des emplois de qualité et de nouvelles possibilités économiques; et
  • A géré les fonds publics de manière responsable.

Le parti s’est continuellement positionné en critique des priorités budgétaires du gouvernement Ford, estimant que plus de mesures devraient être mises en place pour baisser les coûts de la vie et du logement, renforcer les services de soins de santé et d’éducation et apporter du soutien aux travailleurs et familles faisant face à des pressions économiques persistantes. Le NPDO a également mis l’accent sur l’abordabilité des études postsecondaires, les opportunités pour les jeunes ainsi que les enjeux liés aux pénuries de personnel et aux niveaux de service dans l’ensemble du secteur public.

Alors que l’été s’entame, le NPDO devrait continuer de mettre de l’avant un discours centré sur l’abordabilité, le logement, la santé, l’éducation et la sécurité économique. Une proposition de programme d’emplois d’été pour les jeunes figure parmi les initiatives récentes. Elle reflète une attention accrue portée à l’emploi des jeunes et au développement de la main-d’œuvre.

Sur le plan politique, l’élection partielle à venir dans Scarborough-Sud-Ouest constituera la principale priorité du parti. Déclenchée par la démission de l’ancienne députée néo-démocrate Doly Begum, cette course représentera un test important pour le NPDO. Est-ce que le parti sera capable de maintenir son appui dans une circonscription historiquement néo-démocrate? Est-ce qu’il sera capable de conserver son élan comme opposition officielle?

Principaux projets de loi présentés par le gouvernement

  • Projet de loi 114 : Loi de 2026 sur la mise en œuvre des mesures d’allègement de la TVH (remises relatives aux biens résidentiels)
  • Projet de loi 110 : Loi de 2026 sur la construction de l’aéroport Billy Bishop
  • Projet de loi 101 : Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves
  • Projet de loi 100 : Loi de 2026 pour une meilleure gouvernance régionale
  • Projet de loi 98 : Loi de 2026 pour la construction de logements et l’amélioration de l’infrastructure de transport
  • Projet de loi 97 : Loi de 2026 sur le plan pour protéger l’Ontario (mesures budgétaires)
  • Projet de loi 75 : Loi de 2026 visant à maintenir les criminels derrière les barreaux
  • Projet de loi 9 : Loi de 2026 sur la responsabilité au niveau municipal 

Dates à surveiller

  • Festival Ford (Ford Fest) du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario pour 2026 : 19 juin
  • Conférence des États du Sud-Est américain et des provinces canadiennes (SEUS-CP), en Caroline du Sud : du 21 au 23 juin
  • Forum 2026 sur l’énergie : 23 juin
  • Réunion du Conseil de la fédération : du 21 au 23 juillet
  • Date limite pour le dépôt des candidatures à la direction du Parti libéral de l’Ontario : 31 juillet
  • Sommet canadien de l’investissement : du 14 au 15 septembre
  • Élections municipales en Ontario : 26 octobre
  • Reprise des travaux de l’Assemblée législative de l’Ontario : 26 octobre
  • Élection de la nouvelle cheffe ou du nouveau chef du Parti libéral de l’Ontario : 21 novembre

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