Fin de session parlementaire à Ottawa : un aperçu et un résumé

Illustration: Earnscliffe.

La session parlementaire hiver-printemps a pris fin ce 18 juin, marquant le début des vacances estivales pour les députés et sénateurs. Les députés reviendront à Ottawa le 21 septembre tandis que les Sénateurs se réuniront le 28 septembre.

Le programme du gouvernement

De manière générale, le principal défi du gouvernement de Mark Carney est la conciliation de ses stratégies économiques à long terme avec l’impératif de répondre aux pressions immédiates liées à l’abordabilité. Le tout en assurant la gestion de relations commerciales instables avec les États-Unis.

À l’amorce de l’été 2026, le gouvernement est déjà bien engagé dans la mise en œuvre d’une transition économique fondamentale au pays. L’objectif est de bâtir une économie plus forte, plus résiliente et plus diversifiée, afin de réduire la dépendance du Canada à l’égard des États-Unis et d’atténuer les risques découlant d’une volatilité mondiale. Un thème récurrent de cette approche est l’intégration de politiques économiques nationales aux stratégies géopolitiques, ce qui pousse le Canada à développer de nouveaux partenariats commerciaux, de sécurité et de défense avec d’autres puissances intermédiaires.

Ces nouvelles orientations politiques marquent un éloignement du modèle économique traditionnel centré sur les directives du marché au profit de placements guidés par l’État et de politique industrielle visant à soutenir l’intérêt national au moyen de grands projets, du développement des infrastructures et de l’énergie, d’une augmentation des dépenses en défense, d’un processus d’approvisionnement en défense plus efficace et au moyen de l’intelligence artificielle. Le gouvernement Carney soutient cette transition par le biais d’un important effort de développement des compétences de la main-d’œuvre, avec pour objectif de former entre 80 000 et 100 000 travailleurs spécialisés au cours des quatre prochaines années. Pour concrétiser ces changements d’orientation, le gouvernement entreprend aussi des réformes au sein de l’appareil fédéral, notamment en mettant en place de nouvelles structures pour accélérer l’approbation des grands projets.

En poursuivant ces objectifs, le gouvernement Carney a dû composer avec deux défis économiques nationaux étroitement liés : les répercussions sectorielles des droits de douane imposés par l’administration Trump et la crise de l’abordabilité qui touche des millions de Canadiennes et de Canadiens. De plus, depuis la signature du protocole d’accord avec l’Alberta à l’automne dernier, les deux gouvernements travaillent à la mise en œuvre de ses nombreuses dispositions afin de définir une nouvelle orientation pour le développement, le transport et l’exportation du pétrole et du gaz.

Nouvelles initiatives fédérales

Le gouvernement Carney a dévoilé plusieurs initiatives fédérales majeures au cours de cette session parlementaire. Celles-ci comprennent notamment la Stratégie industrielle de défense (17 février), Une force de la nature : la stratégie du Canada pour protéger la nature (31 mars), le Fonds pour un Canada Fort, un fonds souverain national (29 avril), l’initiative Une Équipe Canada Forte pour les métiers spécialisés (29 avril), la Stratégie nationale d’électrification (14 mai), L’IA pour tous (4 juin) et la Stratégie nationale de sécurité alimentaire (11 juin).

Plusieurs projets de loi importants ont aussi été déposés à l’approche de la fin de la session, au cours des dernières semaines. Parmi eux figurent le projet de loi C-34, la Loi sur les médias sociaux sécuritaires (10 juin 2025), le projet de loi C-35, Loi interdisant l’importation de marchandises produites par recours au travail forcé (12 juin), le projet de loi C-36 portant sur la protection de la vie privée (15 juin) ainsi que le projet de loi C-37, Loi sur l’eau propre des Premières Nations(16 juin).

En outre, le comité mixte spécial de la Chambre des communes et du Sénat sur l’aide médicale à mourir (AMM), composé de 17 membres, a déposé son rapport recommandant de ne pas étendre l’admissibilité à l’AMM aux patients dont la seule condition médicale invoquée est une maladie mentale.

Soutien aux victimes des droits de douane

Afin d’atténuer les répercussions des droits de douane sur les secteurs touchés, le gouvernement a annoncé, le 4 mai, un nouveau programme de prêts de 1 milliard de dollars de la Banque de développement du Canada, ainsi qu’un financement supplémentaire de 500 millions de dollars pour l’Initiative régionale de réponse tarifaire, mise en œuvre par les agences de développement régional. Les prêts de la Banque de développement du Canada seront mis à la disposition des secteurs de l’acier, de l’aluminium et du cuivre, tandis que l’aide régionale permettra aux petites et moyennes entreprises de diversifier leurs marchés et leurs activités dans un contexte marqué par les tensions commerciales.

Abordabilité

Sur le plan de l’abordabilité, le gouvernement fédéral annonçait en janvier que l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels (ACEBE), élargie et bonifiée, remplacera le crédit pour la TPS/TVH à la fin du mois de juin. Malgré ce changement de nom, les critères d’admissibilité, la méthode de calcul des prestations et la structure du programme demeureront les mêmes. Plus tôt au cours de la session parlementaire, le gouvernement éliminait temporairement la taxe d’accise fédérale sur l’essence et le combustible diesel jusqu’au 7 septembre 2026 afin d’alléger les coûts pour les consommateurs. En mars, un versement unique de 1 200 $ avait été accordé aux personnes et aux familles à faible revenu, aux ménages à revenu moyen confrontés à des difficultés financières ainsi qu’aux aînés bénéficiaires de prestations telles que le Régime de pensions du Canada (RPC) et la Sécurité de la vieillesse (SV).

Réactions aux initiatives de réforme économique

Dans l’ensemble, les réformes de la politique économique mises de l’avant par les libéraux ont été accueillies favorablement par la population canadienne et les différentes parties prenantes, bien qu’il y ait eu certaines réserves. Le Fonds Canada Fort, que le gouvernement présente comme le « premier fonds souverain national du Canada », a notamment fait l’objet de critiques selon lesquelles la sélection des projets pourrait être influencée par des considérations politiques, même si le fond est censé être géré de manière indépendante. Des observateurs remettent également en question la valeur ajoutée du Fonds par rapport à des mécanismes déjà en place, tels que la Banque de l’infrastructure du Canada, le Fonds stratégique pour l’innovation ainsi que les programmes de financement offerts par Exportation et développement Canada (EDC) et la BDC. Par ailleurs, bien que l’initiative L’IA pour tous ait généralement été saluée pour son caractère ambitieux et sa portée, plusieurs critiques estiment qu’elle ne va pas assez loin en ce qui a trait à la protection de la vie privée, de la sécurité et la protection de la personne.

De manière plus générale, certains observateurs s’interrogent sur la préférence du gouvernement pour les subventions plutôt que pour des réformes réglementaires, se demandant si l’approche protectionniste envers l’économie canadienne ne freinait pas l’intérêt de recourir à des solutions axées sur le marché pour remédier à la stagnation économique. Ces critiques s’adressent particulièrement à l’approche du gouvernement envers l’accélération du  processus fédéral d’approbation des grands projets d’intérêt national, insinuant qu’il a choisi de mettre en place des mécanismes de contournement administratifs au lieu de s’attaquer directement aux causes profondes de ces retards administratifs. Bien qu’il ait adopté l’an dernier la Loi visant à bâtir le Canada et créé le Bureau des grands projets, une  analyse récente de l’Institut C.D. Howe conclut que « plutôt que de créer un cadre d’approbation plus clair et plus prévisible, ces changements élargissent le pouvoir discrétionnaire du gouvernement fédéral et contribuent à politiser encore plus le processus réglementaire ».


Le programme législatif

Liste des textes législatifs adoptés au cours de cette session (projets de loi du gouvernement) :

  • C-4, Loi visant à rendre la vie plus abordable pour les Canadiens
  • C-8, Loi concernant la cybersécurité
  • C-9, Loi visant à lutter contre la haine
  • C-11, Loi sur la modernisation du système de justice militaire
  • C-12, Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada
  • C-13, Loi portant mise en œuvre du Protocole d’adhésion du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste
  • C-14, Loi sur les mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine
  • C-15, Loi no 1 d’exécution du budget de 2025
  • C-16, Loi visant à protéger les victimes
  • C-18, Loi de mise en œuvre de l’Accord de partenariat économique global entre le Canada et l’Indonésie
  • C-19, Loi sur l’allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels
  • C-20, Loi sur Maisons Canada
  • C-25, Loi visant à protéger nos élections et nos droits
  • C-26, Loi autorisant certains paiements sur le Trésor pour améliorer l’offre de logements
  • C-30, Loi d’exécution de la mise à jour économique du printemps 2026

Liste des textes législatifs présentés et reportés à la prochaine session (projets de loi du gouvernement) :

  • C-2, Loi visant une sécurité rigoureuse à la frontière – Deuxième lecture
  • C-10, Loi sur le commissaire à la mise en œuvre des traités modernes– Troisième lecture
  • C-21, Loi sur le Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l’autonomie gouvernementale des Métis de la Rivière Rouge – Deuxième lecture
  • C-22, Loi de 2026 sur l’accès légal – Deuxième lecture (Sénat)
  • C-27, Loi sur l’accord définitif sur l’autonomie gouvernementale des Tlegohli Got’ine – Deuxième lecture (Sénat)
  • C-28, Loi sur les lancements spaciaux canadiens – Deuxième lecture
  • C-29, Loi sur l’Agence contre les crimes financiers – À l’examen en comité à la Chambre des communes (JUST)
  • C-31, Loi no 2 d’exécution du budget de 2025 – À l’examen en comité à la Chambre des communes (FINA), en étude préalable au Sénat (NFFN)
  • C-34, Loi sur les médias sociaux sécuritaires – Deuxième lecture
  • C-35, Loi sur l’interdiction d’importer des marchandises produites par recours au travail forcé – Deuxième lecture
  • C-36, Loi édictant la Loi visant à protéger la vie privée et les données des consommateurs – Deuxième lecture
  • C-37, Loi sur l’eau propre des Premières Nations – Deuxième lecture

Dossiers à surveiller au cours de l’été

ACEUM

La révision obligatoire de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) constitue l’un des principaux points de tension cette année. Alors que l’échéance du 1er juillet approche à grands pas et que les États-Unis mènent des discussions officielles avec le Mexique, leurs échanges avec le Canada demeurent informels et peu structurés.

Projet de pipeline

Le 1er juillet marque aussi la date limite à laquelle l’Alberta doit dévoiler son projet d’oléoduc, tant attendu, vers la côte Pacifique de la Colombie-Britannique. En vertu du protocole d’accord de mai 2026 entre le Canada et l’Alberta, la proposition officielle doit être soumise au Bureau des grands projets d’Ottawa avant cette date. Cette soumission représentera une étape déterminante, puisqu’elle ouvrira la voie à l’évaluation du projet par le fédéral et à son éventuelle désignation comme « projet d’intérêt national » d’ici le 1er octobre 2026.

Campagne référendaire en Alberta

Alors que le référendum albertain est prévu le 19 octobre, le Stampede de Calgary devrait marquer le coup d’envoi officieux de la campagne visant à répondre aux questions suivantes:

« L’Alberta doit-elle rester une province du Canada, ou le gouvernement de l’Alberta doit-il entamer la procédure juridique prévue par la Constitution canadienne afin de tenir un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta doit ou non se séparer du Canada? »

Le Stampede débute le 3 juillet, soit immédiatement après la date limite pour le dépôt du projet de pipeline. La réaction du premier ministre face à cette proposition sera donc suivie de près par les Albertains, rendant sa présence à l’événement un enjeu élevé.

De son côté, Pierre Poilievre a déjà pris part au débat référendaire et devrait faire campagne tout au long de l’été en faveur du maintien de la province au Canada. Quant au chef du NPD, Avi Lewis, sa participation directe au référendum semble peu probable et risquerait de nuire chef néo-démocrate albertain, Naheed Nenshi. M. Lewis est un fervent opposant de l’expansion des énergies fossiles et a directement critiqué la première ministre Danielle Smith.

Des élections partielles nécessaires ou à prévoir

Plusieurs élections partielles pourraient être déclenchées au cours de l’été.

  • Alexandre Boulerice du NPD a déjà quitté ses fonctions pour se présenter sous la bannière de Québec solidaire lors des élections provinciales au Québec cet automne.
  • L’ancien ministre libéral Jonathan Wilkinson quittera ses fonctions au cours de l’été pour accepter un poste d’ambassadeur.
  • Le député libéral Nate Erskine-Smith a annoncé qu’il démissionnerait au cours de l’été.
  • La députée conservatrice de la Saskatchewan, Cathay Wagantall, a récemment annoncé qu’elle quitterait ses fonctions le 31 août.
  • Le député bloquiste Simon-Pierre Savard-Tremblay cédera son siège afin de se présenter sur la scène provinciale pour le Parti Québécois.
  • L’ancien ministre libéralSteven Guilbeaultquittera ses fonctions au cours de l’été.

L’opinion publique favorable à Carney, pour le moment

Par Hilary Martin

Malgré les défis nationaux et internationaux élaborés plus haut, les perspectives pour le pays s’avèrent plutôt positives que négatives. Selon un récent sondage réalisé par l’équipe de recherche d’opinion publique d’Earnscliffe, davantage de Canadiens estiment que le Canada est sur la bonne voie (40 %, soit une note de 5 à 7 sur une échelle de 7 points) plutôt que sur la mauvaise voie (33 %, soit une note de 1 à 3 sur une échelle de 7 points). Un autre pourcentage des Canadiens sondés (20 %) attribue une note neutre (score de 4) à cette question. Il faut préciser que cette opinion varie toutefois selon les générations : les Canadiens d’âge mûr affichent une vision plus négative que positive de la situation (32 % estiment que le pays est sur la bonne voie, contre 40 % qui pensent le contraire), les jeunes adultes (18-34 ans) se montrent légèrement plus optimistes (38 % contre 30 %) et les Canadiens plus âgés (55 ans et plus) s’avèrent les plus confiants avec près de la moitié (48 %) qui considèrent que le pays est sur la bonne voie.

Ce climat modérément positif, combiné à de solides taux d’approbation, place le premier ministre dans une position avantageuse pour le moment. Mark Carney amorce la période estivale avec un taux d’approbation de 52 % quant à son rendement à titre de premier ministre, contre 34 % de désapprobation. Il bénéficie ainsi d’un appui positif et d’une certaine marge de manœuvre alors que son gouvernement doit composer avec une renégociation de l’ACEUM qui s’annonce plus longue et imprévisible que prévu. Cela dit, même si son niveau d’approbation demeure élevé pour le moment, le gouvernement devra tenir compte des perspectives moins optimistes de certains segments de la population, notamment les électeurs d’âge mûr. Reste à voir si leurs inquiétudes quant à l’avenir finiront par influencer leur perception du rendement du premier ministre.

Un autre facteur jouant en faveur de M. Carney est l’avantage qu’il conserve sur Pierre Poilievre et Avi Lewis. Lorsqu’invités à indiquer s’ils avaient une opinion positive ou négative de chacun des chefs fédéraux, les Canadiens accordent à Carney un taux d’approbation net (opinions positives moins opinions négatives) de +20, comparativement à -18 pour Poilievre et -9 pour Lewis. Bien que M. Poilievre demeure populaire au sein de son propre parti, ces résultats font écho aux préoccupations concernant sa capacité à rallier un électorat plus large.

Les Canadiens ont, pour la plupart, une idée fixe de Pierre Poilievre, mais Avi Lewis reste relativement peu connu : 61 % des Canadiens ne sont pas en mesure d’exprimer une opinion à son sujet lorsqu’interrogé, se disant incertains (26 %), affirmant ne pas connaître la personne (32 %) ou préférant ne pas répondre (3 %). Avec l’attention des libéraux et des conservateurs tournée ailleurs, le NPD devrait profiter des mois d’été pour tester et définir l’image de marque de son chef.

À propos du sondage :

Ce sondage en ligne, mené par l’équipe de recherche d’opinion publique d’Earnscliffe, a été réalisé du 27 au 29 mai 2026 auprès d’un échantillon stratifié représentatif de 1 657 répondants résidant au Canada, âgés de 18 ans ou plus et membres du panel LEO de Léger (avec un échantillon effectif de 1 175 personnes). Les répondants avaient le choix de remplir le questionnaire en français ou en anglais. À des fins de comparaison uniquement, un échantillon probabiliste de cette taille comporterait une marge d’erreur de +/- 2,41 à un niveau de confiance de 95 %. Les données ont été pondérées selon l’âge, le genre et la région à partir des données du recensement de 2021, ainsi que selon le vote antérieur autodéclaré et le taux de participation lors des élections fédérales de 2025.

Cette recherche a été menée dans le cadre du sondage omnibus d’Earnscliffe.

Earnscliffe est membre du CRIC et adhère au code ESOMAR pour la recherche des marchés, d’opinion publique et des critères du CRIC, y compris les normes et exigences de divulgation en matière de recherche sur l’opinion publique du CRIC.

Pour en savoir plus, veuillez communiquer avec Hilary Martin (hmartin@earnscliffe.ca).

Pour consulter le libellé des questions et les tableaux de données, veuillez cliquer ici.


L’été chez les conservateurs

Par Liam O’Brien

Alors que la Chambre des communes suspend ses travaux pour l’été, on peut s’attendre à une saison estivale particulièrement occupée pour Pierre Poilievre et les conservateurs. Pour M. Poilievre, l’été sera probablement autant consacré au renouvellement et à la consolidation de son propre parti qu’aux politiques d’opposition. C’est une occasion de multiplier les rencontres sur le terrain et de resserrer les rangs après avoir passé un hiver et un printemps à s’adapter à la nouvelle majorité parlementaire du gouvernement Carney. Bien que ces activités se poursuivent, il reste une marge de manœuvre importante à considérer pour retisser les liens avec les réseaux conservateurs provinciaux, adopter un ton moins combatif dans le narratif économique et continuer à présenter les conservateurs en tant que solution de rechange crédible aux libéraux de Carney.

La menace d’une contestation du leadership n’est pas imminente, mais elle n’est pas complètement écartée non plus. Quoi qu’il en soit, le risque ne réside pas dans une contestation formelle de la part des membres du parti. En janvier, Pierre Poilievre a obtenu l’appui de 87,4 % des délégués lors de l’examen obligatoire de son leadership. Sur le moyen terme, le risque le plus plausible serait plutôt une érosion progressive de la confiance du caucus si les sondages continuent d’évoluer comme ils l’ont fait tout au long du printemps, les libéraux conservant une avance à deux chiffres, alors que l’attrait du chef auprès de l’électorat demeure limité.

Même parmi les détracteurs de Pierre Poilievre, rares sont ceux qui peuvent nommer un remplaçant actuellement en mesure de remporter à la fois l’appui du parti et celui des électeurs. Cela dit, le caucus conservateur dispose d’une relève solide et de plusieurs figures de poids, notamment Melissa Lantsman, Michael Barrett, Ellis Ross, Sandra Cobena, Michelle Ferreri et Scott Aitchison. Sur le plan des politiques publiques, nous pouvons nous attendre à des conservateurs qui poursuivent leurs critiques à l’égard de la gestion économique du gouvernement et de la récession. L’évolution de l’économie et le dénouement des négociations liées à l’ACEUM pourraient leur offrir de nouvelles occasions d’accroître la pression sur le gouvernement.

La question du ton demeure au cœur des défis stratégiques de Pierre Poilievre. Bien qu’il ait modéré son approche ces derniers mois, il a néanmoins été critiqué pour le ton controversé adopté dans les discussions autour de la récession. L’empathie et la compassion demeurent des qualités essentielles que les conservateurs qui réussiront doivent démontrer. Plusieurs enjeux pourraient leur offrir des occasions de marquer des points pendant l’été : l’anxiété économique, les pressions liées au coût du logement, les droits de douane, toute dérive de la part du gouvernement Carney, ainsi que l’avancement de projets de loi du gouvernement touchant l’environnement numérique et susceptibles de soulever des questions relatives aux droits. Une certaine grogne au sein du caucus libéral, héritée en partie de l’ère Trudeau, pourrait également offrir des ouvertures à l’opposition conservatrice.

Sur le plan provincial, M. Poilievre a encore du travail à faire. Doug Ford demeure un défi, sa position anti-tarifs, plus centriste et relativement favorable au gouvernement Carney ayant affaibli le message de la campagne conservatrice fédérale de 2025. Tim Houston s’est montré encore plus direct, affirmant que les conservateurs devaient faire un important examen de conscience et confirmant qu’il n’entretenait aucune véritable relation avec M. Poilievre. À l’inverse, Kerry-Lynne Findlay reflète une relation plus conviviale, M. Poilievre l’ayant publiquement félicitée après sa victoire à la chefferie du Parti conservateur de la Colombie-Britannique, bien que certains observateurs estiment que sa victoire pourrait polariser davantage la vie politique britanno-colombienne.

Au Québec, les conservateurs demeurent dans une position difficile. Bien qu’ils restent compétitifs dans certaines circonscriptions du territoire de Québec/Chaudière-Appalaches, ils restent vulnérables face à la crédibilité nationaliste du Bloc Québécois et la compétence fédérale des libéraux. M. Poillièvre a quand même fait preuve d’améliorations en ce qui a trait aux enjeux liés aux États-Unis : il nomme désormais explicitement Donald Trump, condamne les menaces d’annexion et de droits de douanes, appuie la création d’un groupe de travail multipartite sur l’ACEUM et soutient que le Canada devrait renforcer son influence en misant sur ses ressources, son approvisionnement de défense et les chaînes d’approvisionnement nord-américaines.

Pierre Poilievre est passé d’une approche perçue comme prudente et ambiguë face aux aspirations séparatistes en Alberta à la fin de 2025 à une position fédéraliste beaucoup plus affirmée à l’été 2026. Son message repose désormais sur l’idée que les griefs de l’Alberta sont légitimes, mais qu’ils peuvent être réglées à l’intérieur du Canada, encourageant les députés conservateurs à mener une campagne en faveur du maintien de l’Alberta au sein de la « famille canadienne ». Cette évolution, jumelée à un discours plus ferme à l’égard des droits de douane américains et des menaces d’annexion, témoigne de sa volonté de se positionner comme un chef de l’unité nationale fidèle à son principe du « Canada d’abord ».


L’été du NPD

Par Mélanie Richer

Bien que le nouveau chef du NPD, Avi Lewis, ait enregistré une légère hausse dans les sondages depuis son élection à la fin mars, le véritable test sera de voir si cette tendance se maintiendra cet été. La question fondamentale est celle-ci : cette poussée est-elle attribuable au leadership de M. Lewis, à un retour naturel d’un électorat progressiste qui avait opté pour un vote stratégique en faveur des libéraux, ou plutôt à un rejet de l’approche jugée moins progressiste de Mark Carney?

Comme le souligne ma collègue Hilary dans son analyse des sondages d’opinion, « Avi Lewis demeure relativement peu connu : 61 % des Canadiens ne sont pas en mesure d’exprimer une opinion à son sujet ». On pourrait supposer que la remontée du NPD ne découle pas nécessairement d’un enthousiasme marqué envers son nouveau chef, mais plutôt d’un rééquilibrage après le transfert de certains votes vers les libéraux ou même d’un mécontentement à l’égard du gouvernement actuel. Un taux d’approbation net de -9 ne sous-entend pas particulièrement une opinion flatteuse de M. Lewis parmi ceux qui le connaissent déjà.

Quoi qu’il en soit, ce déficit de notoriété représente quand-même une occasion à saisir pour lui. Il lui reste à définir clairement qui il est, ce qu’il propose et à faire connaître cette vision auprès de monsieur et madame Tout-le-Monde à travers le pays.

Afin de bâtir son appui, M. Lewis devra déterminer et mettre à l’épreuve plusieurs éléments : qui il est, ce qu’il propose aux électeurs, ce qui le distingue de Carney, Poilievre et Blanchet et qui il représente.

Qui il est : Puisque M. Lewis demeure relativement peu connu du grand public, l’une des priorités sera de définir clairement son image en tant que chef national auprès d’électeurs qui ne sont pas des membres officiels du Nouveau Parti démocratique. Il y a une grande opportunité à saisir parmi les nombreux Canadiens qui n’ont pas encore d’opinion à son sujet, mais encore faut-il qu’il parvienne à se positionner comme le leader capable de répondre à leurs attentes.

Ce qu’il offre : M.Lewis a remporté la chefferie en proposant une vision qui a trouvé écho auprès des membres du NPD. Son principal défi sera maintenant de démontrer que cette vision peut également résonner auprès des citoyens ordinaires. Sa proposition change-t-elle selon les interlocuteurs? Est-il capable de la communiquer de façon claire et accessible pour tout le monde? Et correspond-elle à ce que les électeurs attendent de leur prochain premier ministre?

Où se trouve son soutien? L’arrivée de M. Lewis à la tête du parti redistribue les cartes. Certaines circonscriptions qui semblaient accessibles sous l’ancien chef Jagmeet Singh, pourraient l’être moins sous M. Lewis. À l’inverse, de nouvelles possibilités, moins atteignables par M. Singh, pourraient émerger. L’équipe responsable de la campagne à la chefferie de M. Lewis sait où elle a réussi à mobiliser les membres du parti durant la course. Elle devra maintenant évaluer cet appui régional en évaluant le soutien de monsieur et madame Tout-le-Monde.

En quoi se distingue-t-il de Carney, Poilievre et Blanchet?  Le parti pourrait voir une occasion de rallier les électeurs préoccupés par les enjeux environnementaux, notamment à la suite de l’assouplissement de certaines politiques climatiques sous le gouvernement Carney et du départ du très respecté ministre Steven Guilbeault. Toutefois, le NPD devra également définir ce qui distingue M. Lewis de M. Carney sur d’autres enjeux clés, notamment la gestion de l’abordabilité et les intérêts qu’il entend défendre. Le même exercice devra être mené à l’égard de Pierre Poilievre et d’Yves-François Blanchet surtout que les conservateurs et le Bloc québécois demeureront des adversaires importants dans plusieurs circonscriptions détenues par le NPD et dans lesquelles le parti avait bénéficié d’un appui significatif auparavant.

Le prochain grand test pour M. Lewis ne viendra peut-être pas cet été, mais bientôt avec les élections partielles. Plusieurs sièges vacants ont déjà été annoncés ou devraient l’être sous peu : le siège de Jonathan Wilkinson, député libéral dans Vancouver–Capilano (C.-B.), de Steven Guilbeault, député libéral dans Laurier–Sainte-Marie (Qc), d’Alexandre Boulerice, député du NPD dans Rosemont–La Petite-Patrie (Qc), de Simon-Pierre Savard-Tremblay, député du Bloc Québécois dans Saint-Hyacinthe–Bagot–Acton (Qc), de Cathay Wagantall, député conservatrice dans Yorkton–Melville (Sask.) et de Nate Erskin-Smith, député libéral dans Beaches–East York (Ont.).

Son plus grand test sera au sein des deux circonscriptions montréalaises (celle de Guilbeault et celle de Boulerice du NPD). Le NPD a longtemps détenu Laurier–Sainte-Marie avant d’y terminer au deuxième rang lors des derniers scrutins, tandis qu’il conserve Rosemont–La Petite-Patrie depuis 2011. Sa capacité à demeurer compétitif dans Laurier–Sainte-Marie et à conserver Rosemont–La Petite-Patrie constituera le premier véritable test d’Avi Lewis en tant que chef.

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