La Chambre des communes reprendra ses travaux le lundi 26 janvier, et le Sénat se réunira à nouveau le 3 février.
Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis étant suspendues, le premier ministre Carney a profité de la période des Fêtes pour continuer à diversifier les relations commerciales du pays afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. Lors de son voyage en Chine, les deux pays ont réglé le différend bilatéral qui avait conduit la Chine à imposer des droits de douane de 85 % sur le canola canadien et de 25 % sur le porc et les fruits de mer en raison du blocage par le Canada de l’entrée des véhicules électriques chinois. Après avoir annoncé l’accord, les ministres ont déclaré que le gouvernement fédéral allait bientôt dévoiler un programme de soutien à l’industrie automobile canadienne.
Au Qatar, M. Carney a entamé des négociations sur un nouvel accord de promotion et de protection des investissements axé sur les questions militaires, de sécurité et de défense. Le Qatar s’est aussi engagé à réaliser d’importants investissements stratégiques dans les grands projets du Canada. En février, le premier ministre se rendra en Inde pour poursuivre les négociations en lien avec la diversification commerciale.
Le Premier ministre a terminé son voyage cette semaine à Davos, où il a prononcé un discours sans concession appelant les puissances moyennes à construire leur propre multilatéralisme face à une nouvelle ère où les grandes puissances s’attaquent aux petits pays pour prendre ce qu’elles veulent.
Dans cette nouvelle réalité, a-t-il déclaré,
Les grandes puissances ont commencé à recourir à l’intégration économique comme moyen de pression, aux droits de douane comme levier, à l’infrastructure financière comme un moyen de coercition et aux chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter. Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu.
Les principaux événements nationaux pendant le temps des Fêtes ont concerné la fonction publique fédérale, où des milliers d’employés ont reçu des avis de réaménagement des effectifs les informant que leur emploi pourrait être menacé. Après la levée de la session parlementaire en décembre, le premier ministre a également procédé à plusieurs remaniements au sein des sous-ministres clés, notamment ceux du Bureau du Conseil privé, de Finances Canada, de la Défense nationale et de la Justice.
Enfin, en début janvier, l’ancienne ministre des Finances et vice-Première ministre Chrystia Freeland a démissionné de son siège après avoir été nommée conseillère principale du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy. Cela signifie que le Premier ministre Carney devra organiser une élection partielle pour la remplacer dans les six prochains mois.
Discours du premier ministre aux Canadiens
Après une tournée mondiale éclair consacrée à la diversification commerciale et un discours à Davos qui a suscité l’admiration dans le monde entier, le premier ministre est revenu sur les préoccupations nationales urgentes, exposant ses priorités pour la prochaine session parlementaire, notamment :
- Améliorer la coopération économique avec les provinces et les territoires
- Élargir le réseau des accords commerciaux internationaux
- Réformer le système de justice pénale
- Favoriser l’intelligence artificielle
- Réaliser des investissements massifs dans la défense.
Carney a également promis de protéger des services tels que la garde d’enfants, les soins dentaires et l’assurance-médicaments, et de défendre les personnes vulnérables, « qu’il s’agisse de nouveaux arrivants, de personnes en situation de handicap ou de membres de la communauté 2ELGBTQI+ ». En réponse aux critiques qui affirment que la rapidité est essentielle, il déclare ceci : « Maintenant, nous devons passer à l’action. De manière équitable. Et rapide».
Carney a fait cette déclaration au Québec, au début d’une retraite ministérielle précédant la session parlementaire.
L’économie nationale
L’économie canadienne continue d’afficher des signaux mitigés, avec des signes récents d’une reprise modeste, notamment un fort rebond du PIB au troisième trimestre 2025, atteignant une croissance annualisée de 2,6 % après une contraction antérieure. Le taux d’inflation était de 2,4 % en décembre 2025, en légère hausse par rapport aux mois précédents, les coûts des produits alimentaires étant en tête, avec une augmentation de 6,2 % entre décembre 2024 et décembre 2025. Le taux de chômage a augmenté pour atteindre 6,8 % en décembre 2025, contre 6,5 % le mois précédent, indiquant un assouplissement du marché du travail.
Voitures, canola, porc et fruits de mer
L’accord conclu par Carney avec les Chinois a été salué par de nombreuses parties prenantes canadiennes, en particulier dans les Prairies et sur la côte Est :
- D’ici le 1er mars, la Chine réduira les droits de douane sur les graines de canola canadiennes à un taux combiné d’environ 15 % et supprimera complètement ses droits de douane sur le tourteau de canola, le porc, les homards, les crabes et les pois canadiens. Les exportations de canola vers la Chine représentent 4 milliards de dollars par an pour le Canada.
- Le Canada autorisera l’entrée de 49 000 véhicules électriques chinois sur le marché canadien, avec un taux tarifaire de la nation la plus favorisée de 6,1 %, ce qui représente moins de 3 % du marché automobile canadien. Cet accord recrée pratiquement le statu quo qui existait en 2023, lorsque légèrement moins de véhicules électriques chinois étaient autorisés à entrer au Canada au même taux tarifaire.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a critiqué cet accord, tout comme Brian Kingston, président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles, et Lana Payne, présidente d’Unifor. M. Ford a affirmé que l’accord avec la Chine favorisait les « véhicules espions » étrangers au détriment des emplois provinciaux bien rémunérés et que les constructeurs chinois n’ouvriraient « jamais » d’usines de fabrication automobile en Ontario. Il a appelé les Canadiens à boycotter les véhicules électriques fabriqués en Chine lorsqu’ils seront à nouveau autorisés à entrer dans le pays en vertu du nouvel accord.
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, qui a accompagné le premier ministre canadien en Chine, a quant à lui salué cet accord, soulignant l’importance de l’agriculture canadienne pour la croissance économique du pays, ainsi que le rôle majeur qu’elle joue sur le marché mondial.
Trump, le Groenland et l’OTAN
S’exprimant à Davos, et après une réunion avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, le président Trump déclarait qu’ils avaient « établi le cadre d’un futur accord concernant le Groenland ». En conséquence, il a déclaré qu’il ne procéderait pas à l’imposition d’un droit de douane supplémentaire de 10 % aux pays de l’OTAN le 1er février comme prévu et qu’il n’utiliserait pas la force militaire pour saisir le Groenland du Danemark. Si ces engagements ont permis d’apaiser la crise, l’accord doit encore être négocié. Le Canada doit également décider s’il se joindra à la présence militaire de l’OTAN sur l’île afin de montrer sa solidarité avec le Danemark.
Le « Conseil de la paix » de Trump
Le 21 janvier, le président Trump a retiré son invitation au premier ministre à rejoindre son initiative « Conseil de la paix » pour Gaza. Le premier ministre Carney s’était initialement montré ouvert à l’idée de se joindre aux autres nations, pour ensuite adopter une approche plus prudente, affirmant qu’il restait encore de nombreuses questions sans réponse concernant l’objectif du conseil, sa structure et les frais d’adhésion permanents d’un milliard de dollars. On ne sait toujours pas combien de pays ont reçu une invitation à se joindre au groupe, mais pour l’instant, il semble que le Canada soit le seul pays à avoir vu son invitation annulée.
Gestion de la Chambre des communes
Peu de progrès ont été réalisés concernant le programme législatif du gouvernement à la Chambre pendant la session d’automne. Compte tenu des résultats des élections d’avril, les libéraux n’ont pas d’allié officiel pour les aider à imposer leur autorité à la Chambre et, par conséquent, ils ne sont pas en mesure de clore le débat sur les projets de loi afin de les faire avancer à travers le processus législatif. Au cours de la dernière législature, ce rôle était joué par le NPD dans le cadre de l’entente de soutien et de confiance, mais aujourd’hui, le NPD n’a plus le statut de parti officiel et n’est plus membre des comités. Cela signifie également que le gouvernement n’a pas la majorité au sein des importants comités présidés par les conservateurs, ce qui s’est avéré être un obstacle encore plus important que prévu pour le programme législatif.
En raison de cette impasse, l’examen du budget 2025 (projet de loi C-15, Loi d’exécution du budget n° 1) a été bloqué à la Chambre jusqu’au dernier jour de la session d’automne, où il a finalement été renvoyé en commission pour une étude approfondie.
En conséquence, le lancement des mesures incitatives de rachat de retraite anticipée pour les fonctionnaires sera retardé, car le programme est soumis à l’approbation du projet de loi budgétaire.
La situation d’impasse entre les partis à la Chambre des communes est sur le point de se compliquer encore plus. Après la démission de Chrystia Freeland, les libéraux sont désormais à deux sièges de la majorité, mais le député conservateur Matt Jeneroux a déclaré qu’il démissionnerait au cours de l’hiver. Des nominations diplomatiques importantes sont également en suspens, et d’anciens ministres libéraux attendent de les occuper. Bien qu’il soit toujours possible que d’autres membres de l’opposition rejoignent les libéraux, le premier ministre devra organiser une élection partielle pour remplacer Mme Freeland dans les mois à venir.
Enfin, même si les libéraux parviennent à obtenir la majorité grâce à de nouveaux passages d’un parti à un autre, les règles et procédures de la Chambre les empêchent d’agir de manière unitaire pour modifier la composition des commissions afin de refléter la nouvelle réalité sans proroger la Chambre et entamer une nouvelle session. Cela rend une nouvelle élection tout à fait possible. Que celle-ci soit déclenchée par le gouvernement ou par les partis d’opposition dépendra des calculs de la Chambre des communes, mais aussi en partie de la confiance des partis dans leur capacité à faire valoir leur question du scrutin. Comme le suggèrent nos sondages ci-dessous, un contexte international instable qui attire l’attention du public sur le commerce et la souveraineté canadienne favorise probablement le gouvernement, tandis qu’un glissement vers les préoccupations liées au coût de la vie pourrait avantager les partis d’opposition.
Regarder vers l’avenir
- Le chef conservateur Pierre Poilievre fera face au verdict de son parti sur son leadership les 29 et 31 janvier lors du congrès de Calgary. Il devrait être reconduit dans ses fonctions avec une confortable majorité.
- La course à la chefferie du NPD se poursuit, en vue d’un congrès qui se tiendra à Winnipeg du 27 au 29 mars.
- Au Québec, après la récente démission du premier ministre François Legault de la Coalition avenir Québec (CAQ) au pouvoir, la CAQ a annoncé cette semaine que son successeur serait élu le 12 avril. Le chef libéral Pablo Rodriguez a également démissionné récemment, mais le parti n’a pas encore annoncé les détails de sa course à la chefferie.
- En Alberta, un référendum sur la séparation semble probable dans le courant de l’année, après que le directeur des élections de l’Alberta a approuvé le libellé de la question provisoire : « Êtes-vous d’accord pour que la province de l’Alberta cesse de faire partie du Canada pour devenir un État indépendant ? »
Aperçu de l’opinion publique
Au milieu de l’intensité des événements internationaux, nous avons voulu sortir de la bulle médiatique et mieux comprendre ce que les Canadiens pensent que leur gouvernement devrait privilégier cette année. Par le biais du sondage omnibus d’Earnscliffe, nous avons demandé aux Canadiens quelles priorités le gouvernement de Mark Carney devrait privilégier et quels progrès son gouvernement a réalisés à ce jour sur ces questions.
Le coût de la vie (57 %) est le sujet le plus souvent sélectionné, loin devant les autres thèmes proposés aux répondants. Si vous avez suivi l’opinion publique canadienne ces dernières années, cela ne devrait pas vous surprendre. Ce qui est peut-être plus surprenant, c’est la priorité accordée à l’expansion des relations commerciales (36 %), pratiquement à égalité avec la réduction des délais d’attente dans les soins de santé (38 %), un sujet récurrent dans l’opinion publique canadienne. Il est à noter que l’expansion des relations commerciales est une priorité bien plus importante que la conclusion d’un accord commercial avec le président américain Donald Trump (16 %). En fait, des questions telles que la défense de la souveraineté du Canada (27 %), la réduction des dépenses publiques (22 %) et la réalisation de grands projets (21 %) devancent l’accord avec les États-Unis.
À votre avis, lesquels des enjeux suivants devraient être les priorités du gouvernement de Mark Carney en 2026? Veuillez en sélectionner jusqu’à trois.

Comme nous l’avons écrit en novembre, les Canadiens semblent disposés à accorder une certaine marge de manœuvre au gouvernement en ce qui concerne le président Trump, reconnaissant le caractère imprévisible du partenaire avec lequel ils travaillent. Développer les relations du Canada à l’étranger peut sembler une approche plus pratique. Les perturbations sur la scène internationale donnent au premier ministre l’occasion de jouer de ses plus grands atouts en tant que main ferme dans une période chaotique, et ses efforts ont porté leurs fruits jusqu’à présent : plus de la moitié (61 %) des personnes qui déclarent que les relations commerciales internationales sont une priorité absolue pour elles estiment que le gouvernement a fait au moins quelques progrès dans ce domaine.
Diriez-vous que le gouvernement de Mark Carney réalise des progrès sur ces enjeux?
Veuillez utiliser une échelle de 1 à 7, où 1 signifie qu’aucun progrès n’a été réalisé et 7 qu’énormément de progrès ont été réalisés.

Mais avec la reprise des travaux à la Chambre, le gouvernement sera contraint de s’attaquer plus directement aux questions nationales sur lesquelles il a eu du mal à obtenir des résultats. La principale d’entre elles étant le coût de la vie. Parmi la moitié des Canadiens qui estiment que cela devrait être une priorité absolue pour le gouvernement, très peu (seulement 9 %) estiment que le gouvernement a fait des progrès. Avec les agrégateurs de sondages tels que 338Canada montrant un léger resserrement des intentions de vote et des projections de sièges, c’est un facteur à surveiller de près et un parti d’opposition discipliné serait bien avisé d’en faire son cheval de bataille.
À propos de la recherche
Earnscliffe Omni offre des informations rapides et exploitables qui vous aident à prendre des décisions fondées sur des données sans les délais longs ni la complexité des études personnalisées. Offrant des données représentatives à l’échelle nationale à un prix attractif, Earnscliffe Omni est la réponse à vos besoins en matière d’études.
Le sondage, mené par l’équipe de recherche d’opinion d’Earnscliffe stratégies, a été réalisé du 8 au 11 janvier 2026 auprès d’un échantillon stratifié représentatif de 2 019 répondants âgés de 18 ans ou plus vivant au Canada (avec un échantillon national effectif de 1 872 personnes) qui sont membres du panel LEO de Léger. Les répondants avaient la possibilité de répondre au sondage en français ou en anglais. À des fins de comparaison uniquement, un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de +/- 2,18 avec un niveau de confiance de 95 %.
Les résultats ont été pondérés en fonction de l’âge, du sexe et de la région, sur la base des données du recensement de 2021, afin de garantir un échantillon représentatif de la population canadienne.
Earnscliffe stratégies est membre du Conseil de recherche et d’intelligence marketing Canadien (CRIC), et cette étude a été menée conformément aux normes du CRIC.
Pour consulter d’autres résultats clés de cette recherche, veuillez vous référer aux tableaux de données ou contacter hmartin@earnscliffe.ca.
