• Mar 19, 2026
  • Perspectives

Budget du Québec 2026-2027 : la modestie à l’approche des élections

Quebec Finance Minister Eric Girard holds a copy of his budget speech at the legislature in Quebec City, Wednesday, March 18, 2026 THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot

Le ministre des Finances Eric Girard a présenté le 18 mars 2026 son huitième et dernier budget sous la direction du premier ministre François Legault, juste avant que la Coalition Avenir Québec (CAQ) ne désigne un nouveau chef en avril prochain en amont des élections provinciales qui auront lieu au plus tard le 5 octobre. Un budget « mesuré » selon le ministre : il faut dire qu’il est déposé dans un contexte difficile tant sur le plan économique qu’au niveau interne avec la course à la chefferie. L’absence d’un mandat politique solide limite dans une certaine mesure la viabilité à long terme des promesses et des plans budgétaires ambitieux. Les sondages politiques actuels influencent sans doute aussi la manière dont nous percevons ces perspectives budgétaires, car ces mesures seront probablement réexaminées et révisées par le futur gouvernement à l’issue des élections d’octobre.

Le ministre avait déjà laissé entrevoir le thème du budget d’aujourd’hui au début du mois de mars, tempérant ainsi les attentes du public quant à un budget préélectoral traditionnel, généralement rempli de promesses alléchantes dignes d’une campagne électorale. Au lieu de cela, M. Girard a qualifié le prochain plan budgétaire de « sobre et ciblé », allant jusqu’à affirmer sans détour qu’il n’y aurait pas d’investissements de type électoral et que des secteurs tels que l’éducation et la santé recevraient un financement « adéquat ».

Dans l’ensemble, ce budget réserve peu de surprises. Le budget 2026-2027 correspond, pour certains, à la description d’un exercice technocratique, tandis que l’opposition souligne qu’il ne parvient pas à apporter les solutions d’accessibilité financière qui sont au cœur des besoins des Québécois dans un contexte de tensions commerciales et d’incertitude économique mondiale.

Courses à la chefferie et sondages d’opinion

Bien que la CAQ ait perdu la confiance des Québécois ces dernières années, la course à la chefferie a attiré un peu plus de 5 500 nouveaux membres, portant ainsi le nombre total de membres votants du parti centre-droit à 20 576, selon les chiffres préliminaires publiés par celui-ci. Les récents sondages présentent l’ancienne ministre de l’Économie, Christine Fréchette, en tête de la course, après avoir lancé sa candidature à Trois-Rivières. L’autre prétendant, l’ancien ministre de l’Environnement Bernard Drainville, a lancé sa candidature dans la circonscription de Lévis, une semaine après Mme Fréchette.

Selon un récent sondage Pallas, Mme Fréchette détient un avantage décisif sur M. Drainville : 47 % la préfèrerait comme première ministre à son opposant (17 %). Une préférence constante dans presque tous les groupes démographiques et toutes les affiliations politiques. Plus encore, une nette majorité des partisans de la CAQ (57 %) considère Mme Fréchette comme la potentielle première ministre la plus solide, contre 29 % pour M. Drainville. Le nom du ou de la nouveau(lle) chef(fe) du parti et premier(ère) ministre sera connu le 12 avril.

De son côté, Charles Milliard, ancien PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, est devenu le nouveau chef du Parti libéral du Québec (PLQ) le 13 février, aucun autre candidat ne s’étant qualifié pour la course.

Le Parti québécois (PQ) semble connaître un léger regain de popularité, devançant de justesse le PLQ dans le dernier sondage publié par Qc125. Avec 31 % des intentions de vote, le PQ passe en tête et s’impose comme une alternative crédible dans le paysage politique québécois en pleine évolution. Cependant, cet élan électoral s’inscrit dans un changement plus général des attitudes du public : la même étude montre que le soutien à la souveraineté du Québec n’est que de 29 %, soit son niveau le plus bas depuis le référendum de 1995. Derrière les deux chefs de file, le Parti conservateur du Québec occupe la troisième place avec 15 % des intentions de vote, suivi de la CAQ à 13 % et de Québec Solidaire à 9 %.

Chiffres clés

Ce budget de 170,8 milliards de dollars prévoit un déficit de 8,6 milliards, qui comprend une réserve pour imprévus de 2 milliards et un versement de 2,3 milliards, requis par la loi, à un fonds destiné au remboursement de la dette de la province.

Grâce à la rigueur budgétaire du gouvernement, le déficit prévu pour cette année est inférieur aux prévisions, s’établissant à 9,9 milliards de dollars, contre les 12,4 milliards prévus à la fin de l’année dernière. Le déficit devrait diminuer progressivement pour atteindre 6,3 milliards de dollars en 2026-2027, 4 milliards en 2027-2028 et 1,1 milliard en 2028-2029 – avant de s’équilibrer pour afficher un excédent prévu de 800 millions de dollars en 2029-2030.

Au 31 mars 2026, le déficit du Québec s’élève à 1,2 % du PIB, soit un niveau inférieur à la moyenne canadienne de 1,7 %.

Après une croissance de 0,8 % en 2025, le PIB réel devrait augmenter de 1,1 % en 2026 et de 1,4 % en 2027. Ces investissements devraient contribuer à hauteur de 630 millions de dollars supplémentaires au PIB du Québec.

La dette nette a quant à elle diminué de 4,1 %, passant de 42,9 % du PIB en mars 2019 à 38,8 % en mars 2026. Le déficit de 8,6 milliards de dollars pour l’exercice 2026-2027 représente 1,3 % du PIB, contre 1,5 % en 2025-2026.

Dans l’ensemble, le budget 2026-2027 du Québec fait état d’une croissance économique modérée, d’investissements ciblés dans des secteurs clés et d’une trajectoire progressive vers l’équilibre budgétaire, malgré les pressions persistantes liées au déficit et à la dette. Le ministre Girard a déclaré que le principal facteur pesant sur les projections économiques du Québec, outre l’instabilité mondiale, est l’incertitude qui plane sur le renouvellement de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique.

Points clés du budget

Au cours des cinq prochaines années, le gouvernement du Québec consacrera 9,6 milliards de dollars à la relance de l’économie, au soutien des entreprises touchées par le maintien prévu des droits de douane, au renforcement des services publics, à la protection du pouvoir d’achat et à l’aide aux populations vulnérables.

Le budget prévoit notamment une enveloppe de 250 millions de dollars par an pour les cinq prochaines années, que le prochain chef de la CAQ pourra utiliser pour financer ses promesses électorales.

Le budget 2026-2027 prévoit d’investir 4,3 milliards de dollars pour soutenir les missions fondamentales que le gouvernement s’est lui-même fixées.

Ce montant comprend 2,2 milliards de dollars destinés à améliorer l’accès aux services de santé et aux services sociaux, 639 millions sur cinq ans pour favoriser la réussite scolaire, et près de 392 millions consacrés à l’enseignement supérieur, à l’insertion professionnelle et à la recherche. La sécurité publique et les services juridiques seront renforcés grâce à un investissement de près de 1,1 milliard de dollars sur cinq ans.

Face aux incertitudes du commerce mondial et à l’évolution rapide des technologies, le budget 2026-2027 consacre plus de 1,7 milliard de dollars à l’accélération de la transformation économique et au soutien des entreprises, en particulier des petites et moyennes entreprises.

Parmi les mesures prévues, citons 693 millions pour aider les entreprises à investir dans des secteurs d’avenir, une capitalisation supplémentaire pouvant atteindre 2 milliards pour soutenir les minéraux critiques et stratégiques, ainsi qu’un nouveau fonds de garantie de prêts de 500 millions destiné à favoriser la participation des Autochtones aux projets économiques.

Le budget simplifie également les processus d’approbation des grands projets et alloue 283 millions de dollars au renforcement de l’innovation, de la recherche et des technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle (IA) et l’informatique quantique.

Le budget prévoit plus de 3,6 milliards de dollars sur six ans pour s’attaquer aux enjeux sociaux prioritaires, notamment la hausse du coût de la vie, l’accès au logement, l’itinérance, la santé mentale, la violence conjugale et sexuelle, ainsi que la résilience face au changement climatique.

Sur ce total, près de 2,4 milliards de dollars sur cinq ans sont consacrés au soutien des familles et des populations vulnérables. Plus d’un milliard supplémentaire est dégagé pour renforcer la résilience des communautés grâce à des investissements dans les infrastructures locales et régionales, à des initiatives d’adaptation aux changements climatiques telles que Rénoclimat et LogisVert, à la protection de l’environnement et aux services publics destinés aux populations autochtones. La culture et le patrimoine québécois bénéficient également d’un soutien supplémentaire de près de 220 millions de dollars sous forme de financement ciblé.

Les infrastructures publiques et les investissements en immobilisations restent un pilier de la stratégie du gouvernement visant à stimuler l’économie. Le gouvernement augmentera les dépenses d’infrastructure de plus de 5 milliards de dollars sur six ans, portant le montant total du Plan québécois des infrastructures (PQI) à 167 milliards.

Les priorités de financement comprennent : les soins de santé, l’éducation, les transports, la transformation numérique et les infrastructures régionales, la plupart des investissements étant consacrés à l’entretien des actifs existants.

Réponse de l’opposition

Les partis d’opposition ont critiqué le budget de la CAQ, affirmant qu’ìl ne répondait pas aux besoins des Québécois, notamment en ce qui concerne la hausse des coûts du logement, l’alimentation et le transport. Le PQ a souligné que l’alimentation et le transport figuraient parmi les secteurs les plus touchés par l’inflation, tout en reprochant au gouvernement de ne proposer aucune mesure concrète de soulagement.

« Le ministre Girard met à la disposition de Bernard Drainville et Christine Fréchette un montant colossal pour leurs programmes électoraux, qui n’était même pas spécifiquement identifié dans les documents budgétaires du gouvernement du Québec. C’est le ministre lui-même qui en a fait l’annonce aux médias. Pire, il a admis que, si ça ne suffit pas, il pourrait piger dans la provision pour éventualité. En réalité, la CAQ s’est constitué un fonds électoral à même les fonds publics. » 

– Pascal Paradis, porte-parole du Parti Québécois.

Le PLQ, pour sa part, a fait valoir que le déficit de 9,9 milliards de dollars est le reflet de plusieurs années de mauvaise gestion gouvernementale. Les partis d’opposition ont également dénoncé la flexibilité intégrée au budget, soit 250 millions de dollars par année sur cinq ans, pour un total d’environ 1,3 milliard de dollars, jugeant cette réserve déplacée alors que les Québécois subissent de fortes pressions liées au coût de la vie. Le chef libéral Charles Milliard a qualifié la provision pour éventualités de 8 milliards de dollars sur cinq ans de « coussin Fréchette‑Drainville (CFD) ».

« Ce n’est pas le budget que les Québécois méritent, c’est même l’inverse de ce dont nous avons besoin pour générer de la richesse, ce qui nous manque le plus au Québec et qui nous permettrait de payer nos factures. »

– Parti Liberal du Québec.

Les partis d’opposition ont toutefois reconnu certaines mesures ciblées, notamment le financement accru des services en itinérance, les places en garderie subventionnées, le soutien aux maisons d’hébergement pour les victimes de violence conjugale et la production automatique des déclarations de revenus pour les personnes à faible revenu. Ils estiment cependant que ces mesures demeurent insuffisantes pour atténuer la pression économique de façon significative. Des critiques provenant de l’ensemble des partis estiment également qu’ajouter seulement 1 000 logements abordables sur trois ans est loin d’être suffisant pour faire face à la crise du logement. Québec solidaire a par ailleurs critiqué le Plan québécois des infrastructures (PQI), notamment les retards persistants dans la reconstruction de l’hôpital Maisonneuve‑Rosemont, y voyant un signe du manque d’attention de la CAQ envers Montréal et les grands projets publics malgré des promesses répétées.

« Le ministre Eric Girard va passer l’été avec le ou la prochaine cheffe de la CAQ pour faire pleuvoir ces sommes et distribuer sans gêne l’argent qui aurait dû servir à venir en aide aux familles qui en arrachent. 250 millions de dollars, c’est énorme. Le réseau de l’éducation, de la santé, et les familles qui sont étranglées par leurs factures auraient pris ces sommes tout de suite. »

– Ruba Ghazal, porte‑parole de Québec solidaire.

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