La mise à jour économique du printemps publiée cette semaine intervient dans un contexte d’instabilité et d’incertitude économiques tant au niveau national qu’international.
Au cours des prochains mois, des négociations cruciales détermineront l’avenir des échanges commerciaux avec le principal partenaire économique du Canada. Parallèlement, la guerre au Moyen-Orient a entraîné des blocages réciproques des livraisons d’énergie et de matières premières, laissant présager une période prolongée de perturbations des chaînes d’approvisionnement et une hausse de l’inflation pour des Canadiens déjà en difficulté.
Le programme de Carney
Au cours de la dernière année, le gouvernement fédéral s’est fixé une série d’objectifs stratégiques à plusieurs volets :
- Renforcer la souveraineté économique nationale afin de réduire une dépendance excessive vis-à-vis des États-Unis dans le cadre de son programme Un Canada fort.
- Rationaliser et coordonner les processus d’examen fédéraux et provinciaux afin d’accélérer la prise de décision pour les projets d’intérêt national.
- Poursuivre et consolider des relations diversifiées en matière de commerce et d’approvisionnement de défense avec des puissances mondiales alliées.
- Apporter un soutien aux millions de Canadiens confrontés à la crise d’abordabilité provoquée par une inflation persistante et la hausse du coût de la vie.
La mise à jour présentée cette semaine vise à maintenir la pression pour la mise en œuvre de ce programme ambitieux, tout en soulignant que, même si les résultats ne se font pas encore sentir dans le portefeuille des Canadiens, des progrès à long terme en ce qui concerne les ambitions stratégiques du pays se réalisent.
Abordabilité
Comme l’a reconnu la mise à jour de cette semaine, malgré des perspectives budgétaires plus favorables, des millions de Canadiens sont confrontés chaque jour à une crise d’abordabilité. Si l’urgence liée à la hausse mensuelle du coût de la vie due à l’inflation s’est quelque peu atténuée, la flambée des prix du carburant et l’augmentation du coût des denrées alimentaires continuent de peser lourdement sur le budget des ménages. Un sondage Angus Reid publié peu avant la publication de la mise à jour économique du printemps indiquait que « la moitié (52 %) des Canadiens estiment que la réduction du coût de la vie constituera le plus grand défi pour Carney et les libéraux au cours des 12 prochains mois ».
Cela a conduit le gouvernement Carney à mettre en place plusieurs initiatives visant à aider les Canadiens à faire face à l’inflation, mais les mesures de soutien à grande échelle ont un coût considérable. L’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels (crédit à la TPS bonifié), annoncée en janvier dernier, représente un coût total de 12,4 milliards de dollars jusqu’en 2030-2031, tandis que l’exonération de la taxe d’accise sur les carburants en vigueur cet été coûtera au gouvernement fédéral 2,4 milliards de dollars en recettes fiscales non perçues.
La mise à jour de cette semaine n’a pas beaucoup proposé de mesures de grande envergure et a plutôt opté pour une approche plus progressive et ciblée, qui s’est traduite par une réduction des cotisations au Régime de pensions du Canada de 9,9 % à 9,5 %, ce qui permettra aux Canadiens (et à leurs employeurs) gagnant 70 000 dollars par an d’économiser environ 133 dollars. À première vue, cette mesure a été bien accueillie par le monde des affaires et bénéficie du soutien des provinces. De plus, le gouvernement a promis de simplifier le crédit d’impôt pour personnes handicapées pour les Canadiens admissibles.
Qui bâtira Un Canada fort?
Alors que le gouvernement s’est concentré l’année dernière sur la rationalisation et l’approbation de grands projets d’infrastructure nationaux, la mise à jour économique du printemps s’est penchée sur la prochaine étape visant à garantir la réalisation de ces projets. Le ministre Champagne a annoncé la stratégie Une Équipe Canada forte, qui prévoit un investissement de 6 milliards de dollars sur cinq ans en faveur du programme des métiers spécialisés, dans le but de recruter, de former et d’embaucher entre 80 000 et 100 000 nouveaux travailleurs dans ce secteur. Cette initiative vise non seulement à garantir que le Canada dispose de la main-d’œuvre nécessaire pour faciliter la construction de ces projets d’infrastructure nationaux, mais aussi à fidéliser la main-d’œuvre qualifiée du pays afin d’offrir des emplois bien rémunérés dans le secteur industriel de demain.
Investissements publics et privés
Le budget 2025 présenté en décembre dernier a tiré la sonnette d’alarme quant à la faiblesse persistante des investissements des entreprises canadiennes. Il soulignait que « dans l’ensemble, les investissements des entreprises au Canada sont restés stables au cours de la dernière décennie, alors qu’aux États-Unis, ils ont fortement augmenté ». Le budget indiquait également que de nombreuses entreprises avaient une « mentalité d’aversion au risque renforcée par des obstacles structurels tels que l’environnement réglementaire, une concurrence limitée et des contraintes d’échelle ».
Alors que le gouvernement Carney prétend réformer le fonctionnement du secteur public, des initiatives telles que le Bureau des grands projets et l’Agence de l’investissement pour la Défense ne constituent que des « solutions de contournement » et ne contribuent pas vraiment à lever les obstacles bureaucratiques sous-jacents qui entravent une prise de décision plus rapide. François Poirier, PDG de TC Énergie, a récemment fait valoir que la réforme réglementaire devrait être désignée comme un « grand projet », mais malheureusement, la mise à jour de cette semaine ne contient aucun engagement en ce sens. Cela n’enlève rien à l’utilité de ces initiatives majeures, notamment l’Agence de l’investissement pour la Défense que cette mise à jour économique propose de mettre en place en tant qu’agence autonome dotée d’un ministre dédié. Même si ces changements semblent trop lents pour certains, les résultats qu’ils visent à produire restent probablement à des années-lumière d’un simple changement bureaucratique structurel.
En ce qui concerne les investissements publics, la mise à jour économique n’a apporté que peu de précisions supplémentaires sur le projet fédéral de création d’un « fonds d’investissement souverain », annoncé le 28 avril. Les détails concernant ses finalités et ses objectifs seront précisés au cours des prochains mois dans le cadre d’un processus de consultation publique et des parties prenantes. Ce concept a déjà suscité certaines critiques, à commencer par son financement par l’emprunt et l’augmentation de la dette nationale. Comme l’a demandé le chef conservateur Pierre Poilievre : « Si un projet est rentable, pourquoi le gouvernement aurait-il besoin de le financer? S’il ne l’est pas, pourquoi le gouvernement voudrait-il le financer? »
En fin de compte?
La mise à jour de cette semaine ne s’écarte guère de la description du budget 2025 comme un exercice technocratique, mais elle reste prudemment optimiste quant à la voie tracée pour le pays. Alors que l’économie paraît plus résistante que prévu face aux droits de douane américains et l’incertitude de la conjoncture mondiale, le gouvernement semble voir plus loin. Fort de sa nouvelle majorité à la Chambre des communes, le gouvernement pourrait être plus confiant et disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour faire avancer ses projets d’infrastructure et conclure de nouveaux accords commerciaux pendant que les avantages concrets pour les Canadiens se concrétisent.
Chiffres clés
Comme l’avait laissé entrevoir le Premier ministre lors de son annonce la veille de la mise à jour économique du printemps, les perspectives budgétaires du pays se sont légèrement améliorées par rapport au budget de novembre dernier. Le déficit pour 2025-2026 a été révisé à la baisse à 66,9 milliards de dollars, soit 11,5 milliards de moins qu’initialement prévu. Il s’agit là d’une bonne nouvelle, qui s’explique en grande partie par une croissance supérieure aux prévisions à la fin de l’année dernière ainsi que par la flambée des prix du pétrole due à la guerre en Iran. Cette prévision à la baisse tient également compte des mesures prises par le gouvernement depuis le budget d’automne. Le gouvernement a toutefois décidé de réinvestir ces recettes exceptionnelles, puisque la mise à jour économique du printemps inclut 54 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur six ans depuis le budget de novembre, ce qui explique pourquoi la trajectoire des projections budgétaires reste pratiquement inchangée. Le déficit budgétaire devrait être inférieur de 100 à 400 millions de dollars aux prévisions du budget 2025 chaque année jusqu’en 2029-2030.
La mise à jour économique du printemps souligne que le ratio dette/PIB restera relativement stable sur la période de prévision, s’établissant à 41,1 % en 2025-2026, à 41,5 % en 2026-2027, puis continuant à augmenter légèrement jusqu’à atteindre un pic de 41,9 % en 2028-2029. La mise à jour économique du printemps prévoit également que le gouvernement atteindra son objectif d’équilibre entre les dépenses de fonctionnement et les recettes d’ici 2028-2029 et jusqu’en 2030-2031. Ces projections indiquent que les recettes budgétaires augmenteront régulièrement et dépasseront les coûts de fonctionnement, passant de 511,5 milliards de dollars en 2025-2026 à 613,7 milliards de dollars en 2030-2031.
La situation budgétaire globale est mieux qu’on ne le pensait il y a près de six mois, mais on ne peut ignorer que le gouvernement continue de subir les mêmes pressions que les Canadiens, les coûts d’emprunt plus élevés grignotant les recettes. Les frais liés à la dette publique devraient augmenter de manière stable, passant de 58,7 milliards de dollars en 2026-2027 à 80,9 milliards de dollars en 2030-2031. Cela place le service de la dette parmi les trois principales dépenses que le gouvernement doit gérer (selon la manière dont les dépenses de défense sont comptabilisées), dépassé uniquement par les prestations versées aux Canadiens âgés.
Principales initiatives
Le Fonds pour un Canada fort : le fonds d’investissement souverain du Canada
- 25 milliards de dollars sur trois ans, selon la comptabilité de caisse, pour lancer le Fonds pour un Canada fort.
La stratégie Une Équipe Canada forte :
- 2 milliards de dollars sur cinq ans, à compter de 2026-2027, et 262 millions de dollars en continu, afin d’augmenter le nombre de jeunes dans les métiers spécialisés.
- 331 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2026-2027, et 18 millions de dollars en continu pour renforcer et moderniser la formation en apprentissage afin de faciliter l’obtention du Sceau rouge.
- 3,4 milliards de dollars sur cinq ans, à compter de 2026-2027, et 468 millions de dollars en continu pour relever les défis qui peuvent empêcher les apprentis de terminer leur formation.
- 250 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2026-2027, et 45 millions en continu, pour accroître la capacité de formation aux métiers spécialisés du Canada par l’intermédiaire des FAC.
La mise en place de l’Agence de l’investissement pour la défense en tant qu’entité autonome :
- 103,8 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2026-2027, et 22,3 millions de dollars en continu pour la mise en place et le fonctionnement de l’Agence de l’investissement pour la défense.
- Présenter un projet de loi visant à faire de l’Agence de l’investissement pour la défense une entité autonome, ainsi que des modifications législatives à la Loi sur la production de défense afin de doter l’Agence de l’investissement pour la défense de pouvoirs élargis nécessaires à son fonctionnement.
Réduire les taux de cotisation au Régime de pensions du Canada de 9,9 % à 9,5 %, à compter du 1er janvier 2027.
Lancer un plan pangouvernemental pour la concurrence afin de renforcer la productivité et l’abordabilité en veillant à ce que la concurrence soit une priorité dans toutes les politiques du gouvernement fédéral.
Mettre en œuvre des taux de déduction pour amortissement accéléré pour les installations de gaz naturel liquéfié à faibles émissions de carbone.
Rendre permanente l’exonération fiscale pour les fiducies collectives des employés.
957,8 millions de dollars sur cinq ans pour le Programme des ports pour petits bateaux.