Le grand pari du NPD

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September 12, 2019

Le grand pari du NPD

La deuxième décennie du 21e siècle a été misérable pour le NPD sur la scène fédérale. Depuis le décès tragique de Jack Layton en 2011 jusqu’à aujourd’hui, le parti a connu un lent déclin. Frappés au moment de leur plus grand triomphe, ses membres ont décidé de choisir un chef qui en savait peu sur les néo-démocrates et moins encore sur le Canada anglais. La tentative naïve de Tom Mulcair d’éviter les risques au cours de la campagne de 2015 a mené à l’effondrement du parti après son vacillement sur la question du niqab et son obsession pour un budget équilibré. Le parti n’avait jamais été vaincu par la gauche en huit décennies d’histoire. L’équipe Trudeau a magistralement volé le droit de naissance du parti : le champion de la justice sociale dans la politique canadienne.

Pour leur nouveau chef, les néo-démocrates ont choisi un jeune homme ayant peu d’années d’expérience en politique, toutes passées en Ontario, et le premier Canadien ethnicisé à diriger un parti national. Jagmeet Singh a eu une consécration plutôt chancelante, commençant seulement à se rétablir cette année en tant que député élu de la C.-B.

Alors que les résultats dans les sondages descendaient lentement, les serments prêtés le soir des élections de 2015 de ne plus jamais laisser le parti se faire « tasser à gaucher » se sont transformés en un consensus plus proactif : « Qu’avons-nous à perdre en prenant des risques et en faisant preuve d’audace? » En réponse, l’équipe de campagne a reformulé son message aux Canadiens en termes stratégiques plus audacieux que toute campagne nationale du NPD depuis les années Broadbent.

Son adoption d’une politique beaucoup plus sévère en matière de changement climatique et son engagement à mettre en œuvre un vaste programme de logement et des programmes nationaux de garde d’enfants et d’assurance-médicaments annonçaient le lancement de la plateforme du parti le mois dernier. Cette semaine, on y a ajouté un plan ambitieux visant à réduire véritablement l’inégalité au Canada, axé sur le réel gouffre économique. Des programmes d’avantages supplémentaires, des taux d’imposition progressifs et des engagements en faveur de salaires minimums obligatoires bien plus élevés ne peuvent à eux seuls apporter un réel changement. Une augmentation considérable de l’imposition de la richesse accumulée le pourrait. Cela n’a jamais été tenté au Canada.

L’ancien axiome des stratèges de campagne est que la campagne la plus risquée est celle qui cherche à éviter les risques. Chaque campagne fait face à des risques – dont beaucoup sont prévisibles – et les campagnes doivent ajuster leurs préparatifs en conséquence. Prendre des risques politiques délibérément élevés peut être extrêmement fructueux – par exemple, Donald Trump et Boris Johnson. Mais ils peuvent aussi s’effondrer à leur arrivée – Stéphane Dion.

La jeune équipe de campagne du NPD discute et fait l’essai de ces grenades stratégiques à haut risque depuis quelques mois, en particulier pour leur impact sur les électeurs mécontents des libéraux de 2015. Ils semblent bien préparés à la contre-attaque féroce à laquelle ils seront confrontés s’ils sont vus à gagner du terrain. On espère qu’ils comprennent aussi qu’il y a généralement une importante victoire – Trudeau et la marijuana – pour les ballons d’essai risqués. Ou, comme dans le cas du stratagème de Harper sur l’islamophobie – un désastre total.