Earnscliffe Aperçu électoral 2019 – Édition 8

Earnscliffe Aperçu électoral 2019 – Édition 8

Les déplacements des chefs

Alors que la campagne entre dans ses deux derniers jours, les sondages montrent que les libéraux et les conservateurs sont toujours à égalité et que le NPD et le Bloc québécois se rapprochent de la ligne d’arrivée. Par conséquent, les chefs des trois principaux partis ont exprimé leurs vulnérabilités et leurs espoirs par l’endroit où ils ont choisi de faire campagne.

Au cours des deux derniers jours, Justin Trudeau et Jagmeet Singh étaient au Québec, luttant désespérément pour endiguer la vague de soutien grandissant des bloquistes, qui menacent les sièges actuellement occupés par leurs deux partis. Justin Trudeau s’est rendu dans plusieurs circonscriptions près de Montréal et dans les Cantons de l’Est, tandis que Jagmeet Singh a organisé un rassemblement au parc Jack-Layton, à Hudson, évoquant le souvenir du chef décédé qui a mené son parti à la percée historique du Québec en 2011. Andrew Scheer, du Parti conservateur, a commencé mercredi avec la candidate vedette Sylvie Fréchette à Saint-Jérôme, puis dans le Sud-Ouest de l’Ontario.

Hier, Justin Trudeau a passé sa deuxième journée consécutive au Québec, tandis qu’Andrew Scheer a commencé sa journée à Toronto, où il a rencontré les médias pour des entrevues matinales avant une annonce à Brampton puis un voyage vers la Nouvelle-Écosse pour une manifestation en soirée. Jagmeet Singh était en Ontario pour une annonce à Welland, une halte dans une école de Toronto et une manifestation en soirée à Brampton. Elizabeth May était en Colombie-Britannique, avec des arrêts à Campbell River, Comox, Qualicum Beach, Courtenay, Nanaimo et Ladysmith.

Alors que certains chefs ont affiné leurs appels au vote stratégique cette semaine, d’autres ont jeté un œil sur leur position future. Dans un appel lancé aux électeurs libéraux indécis, M. Trudeau a reconnu que les conservateurs pourraient remporter les élections de lundi et les a accusés de mener « l’une des campagnes basées sur la désinformation les plus sales et les plus désagréables que nous ayons jamais vues dans ce pays ». M. Scheer a demandé aux électeurs de lui donner une majorité conservatrice pour empêcher une « coalition néo-démocrate » où le NPD prendrait les décisions.

Au Québec, M. Trudeau et M. Singh ont continué à se disputer sur la meilleure façon d’appuyer et de renforcer l’option progressive du centre gauche. M. Trudeau a soutenu que le seul moyen d’empêcher un gouvernement à la Doug Ford dirigé par Andrew Scheer était de voter pour les libéraux. Se battant pour sauver ses sièges néo-démocrates au Québec, M. Singh a déclaré aux Québécois qu’il partageait leurs valeurs, notamment la conviction de la « séparation de l’Église et de l’État », un signe évident de l’appui vif du Québec au projet de loi 21 qui interdit le port de signes religieux aux personnes occupant divers postes dans le secteur public.

Mercredi, Andrew Scheer avait déclaré à Lisa LaFlamme, de CTV, que « Nous nous attendrions à ce que les autres partis respectent le fait que le parti qui remporte le plus de sièges puisse former le gouvernement… (que) lorsque les Canadiens appuient notre plate-forme, nous aurons le droit de la mettre en œuvre ». Hier, il a demandé à M. Trudeau de démissionner s’il obtenait moins de sièges que les conservateurs, lundi prochain, et a affirmé que cette pratique est devenue une « convention moderne de la politique canadienne ».

Bien sûr, ce n’est pas du tout ainsi que fonctionne la pratique constitutionnelle canadienne. Si M. Trudeau est réélu avec moins de sièges que les conservateurs, en tant que premier ministre en exercice, il a le droit de faire la première tentative de former un gouvernement et chercher à établir la confiance à la Chambre des communes.

Barack Obama se fait entendre
Dans ce qu’un observateur canadien a qualifié « d’intrusion unique » dans l’élection d’un autre pays, l’ancien président américain Barack Obama a annoncé mercredi son soutien à Justin Trudeau : « Le monde a besoin de son leadership progressiste maintenant, et j’espère que nos voisins du Nord lui accorderont un autre mandat ». Faisant clairement allusion aux allégations d’ingérence de la Russie dans l’élection américaine de 2016, le comité électoral de M. Trump s’est moqué de l’appui de M. Obama pour M. Trudeau l’appelant une « INGÉRENCE ÉLECTORALE ÉTRANGÈRE ». La porte-parole du parti libéral, Mme Zita Astravas, a déclaré que le parti n’avait pas payé pour cet appui.

 

Planification de la transition

Par Geoff Norquay et Elly Alboim

Plusieurs mois avant l’élection, la fonction publique du Canada commence à planifier la transition, le processus par lequel un nouveau gouvernement prend ses fonctions et commence à diriger le pays. La planification de la transition est importante parce qu’elle influe considérablement sur l’efficacité et le succès des premières semaines et mois au pouvoir d’un nouveau gouvernement.

Au sein de la fonction publique, il y a deux processus de planification différents, la transition pour le nouveau premier ministre et les séances d’information ministérielles pour les nouveaux ministres et leur personnel. De plus, les principaux partis politiques désignent des équipes de transition avant les élections.

La transition du premier ministre

Le Bureau du Conseil privé (le ministère du Premier ministre et le centre névralgique du gouvernement) doit préparer deux versions de ses documents de transition, l’une pour un premier ministre qui continue dans cette position et l’autre pour un nouveau premier ministre. La première version suppose qu’un premier ministre connaît parfaitement le fonctionnement de base du gouvernement fédéral, tandis que la seconde sert à orienter un nouveau premier ministre à l’aide d’une description plus élémentaire des systèmes et des processus de gouvernance.

Les deux documents comprennent un aperçu des obligations légales, des structures clés et de la gouvernance du gouvernement fédéral. On y trouve des bilans des environnements économiques nationaux et internationaux et des « dossiers chauds » en cours du point de vue plus large des entreprises gouvernementales, par exemple la construction de pipelines, les relations canado-américaines, les questions relatives à l’eau potable chez les Autochtones, la ratification éventuelle de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, les principales affaires juridiques en cours, etc. Il y aura également un résumé des dossiers sensibles à délais critiques, par exemple, les échéanciers imposés par les tribunaux, les échéances imminentes pour les obligations contractuelles et les dates d’échéance pour les programmes prenant fin et devant ou non être renouvelés.

Pendant la campagne électorale, la publication par les partis politiques des promesses dont les coûts ont été déterminés par le directeur parlementaire du budget accélère la planification de la transition et permet aux ministères d’approfondir les détails de faisabilité et de mise en œuvre, du moins pour les grandes initiatives.

Après la transition de 2015, on avait l’impression que la bureaucratie avait passé trop de temps à évaluer l’environnement et à suggérer des objectifs à long terme, et qu’on n’avait pas accordé suffisamment d’attention à la mise en œuvre de la plate-forme du gouvernement entrant. Cela a fait craindre que les fonctionnaires n’aient pas fait le travail nécessaire pour établir ce qui était possible de mettre en œuvre et ce qui ne l’était pas, et déterminer les calendriers raisonnables.

Par conséquent, en 2019, on mettra l’accent sur la mise en œuvre des promesses de campagne et des engagements de la plate-forme afin de permettre au gouvernement entrant de bien comprendre la facilité ou la difficulté relative de la mise en œuvre afin qu’il puisse graduellement déployer ses efforts et comprendre les obstacles auxquels il pourrait être confronté. Ces considérations seront bientôt essentielles pour aider le gouvernement à façonner son discours du Trône. Comme il semble de plus en plus probable qu’un gouvernement minoritaire sera élu le 21 octobre, nous nous attendons à ce que les conseils de transition du BCP comprennent des conseils sur les répercussions supplémentaires possibles d’une minorité sur les plans de mise en œuvre du gouvernement.

Enfin, les séances d’information du BCP à l’intention du premier ministre peuvent inclure des recommandations sur la structure potentielle des comités du Cabinet, ainsi que sur d’autres mécanismes d’options gouvernementales (fusion des ministères, création de nouveaux ministères ou modification des structures actuelles) qui reflètent les leçons tirées du mandat précédent.

Séances d’information ministérielles

Chaque ministère du gouvernement est responsable de la préparation des séances d’information sur la transition pour les nouveaux ministres; même dans un gouvernement réélu, il y a de fortes chances que la majorité des affectations ministérielles changent.

Les séances d’information ministérielles reflètent les documents du BCP préparés pour le premier ministre, mais à un niveau inférieur, et comprennent des aperçus des lois ministérielles, des structures et du personnel supérieur, des descriptions des questions « d’actualité » auxquelles est confronté le ministère et un projet de calendrier pour la mise en œuvre des promesses de plate-forme.

Équipes de transition des partis

Avant la période électorale, chaque grand parti politique nomme une équipe de transition.

La planification de la transition politique est beaucoup plus simple que les processus bureaucratiques décrits ci-dessus. Le groupe de transition du parti a tendance à prendre la plate-forme pour son ordre du jour et à se concentrer sur le calendrier et la mise en œuvre progressive des points de politique. Il n’a pas à s’inquiéter de la mise en œuvre des politiques, puisque cela est prévu du côté de la fonction publique. Le groupe de transition politique fait état de ce que le BCP prépare en matière de planification de la transition à l’équipe du chef.

La plupart des équipes de transition politique proposent une série d’activités pour le premier ministre et les principaux ministres du cabinet pour la première semaine, le premier mois et les 100 premiers jours; ce sont des questions que la structure de la campagne n’a normalement pas le temps d’examiner. Ils ont aussi généralement leurs propres opinions sur les structures ministérielles (combinaison, séparation et/ou renommage des ministères pour tenir compte des priorités politiques) et sur l’organisation des comités du Cabinet (ce qui est une façon d’indiquer les priorités politiques).

Immédiatement après l’élection, l’équipe de transition politique conçoit et exécute habituellement un processus de filtrage politique des ministres potentiels. Le BCP organise le contrôle de sécurité. L’équipe de transition politique peut également aider le nouveau gouvernement en amorçant le processus de recrutement et de sélection du personnel exempté pour les cabinets ministériels.

Les sondages

Les conservateurs et les libéraux demeurent en concurrence très serrée, généralement aucun des deux partis n’ouvrant un écart suffisamment grand pour être appelé à une avance, mais les lignes de suivi entrelacées de ces deux partis sont maintenant à quelques points de pourcentage de moins qu’ils ne l’avaient été pour une grande partie de la campagne. D’un point de vue statistique, il ne s’agit pas d’une érosion importante, mais le passage d’une lutte de 35 % à 34 % à une lutte de 33 % à 32 % tend à être important pour le nombre de sièges remportés lors d’une élection fédérale canadienne et peut avoir des répercussions encore plus importantes au niveau régional.

La raison de la baisse de l’appui des deux principaux partis est que le NPD et le BQ ont tous deux été élevés à de nouveaux sommets de campagne. Au Québec, le Bloc bénéficie clairement d’une coalition d’opinions, ce qui fait de la course provinciale une bataille bipartite avec les libéraux. Ailleurs, l’appui du NPD a augmenté au Canada atlantique, en Ontario et en Colombie-Britannique. En fait, en ce qui concerne la répartition des votes à l’échelle nationale, la plupart des sondages montrant que le NPD se situe à environ 18 %, le parti est maintenant beaucoup plus près des 19,7 % des voix qu’il a obtenues en 2015, et ce, alors que son niveau d’appui au Québec est encore bien inférieur aux 25 % des votes qu’il a obtenus à la dernière élection.