Earnscliffe Aperçu électoral 2019 - Édition 2

Earnscliffe Aperçu électoral 2019 – Édition 2

Introduction

Bienvenue à la deuxième édition d’Aperçu électoral d’Earnscliffe, qui cette fois-ci, se penche sur les premiers jours de la campagne électorale et sur la façon dont les sondages, les narratifs et les questions de l’urne sont élaborés. Les conseillers multipartisans d’Earnscliffe proposent de regarder au-delà des manchettes et s’efforcent d’expliquer ce qui se cache derrière la politique, le parti, les enjeux stratégiques spécifiques et leurs impacts.

Politique, prévisions et décalages dans les sondages de 2019

Pour ceux qui suivent la politique, le déluge de résultats de sondages publiés au cours d’une campagne peut être passionnant, accablant et parfois confondant. Selon les espoirs ou l’affiliation, on peut être encouragé par les sondages de la société A un jour et découragés par ceux de la société B le jour suivant.  Pire encore, les gens seront frustrés et confus quand ils verront deux sondages menés en même temps montrant des résultats différents, voire contradictoires.

J’entends déjà scander « Renvoyez tous les sondeurs! ». Et ceux-ci le comprennent.  Un certain outrage et scepticisme sont compréhensibles. Il n’a jamais été aussi facile de mener un sondage, mais il n’a jamais été aussi difficile de mener un bon sondage. Cependant, avant de se débarrasser de toutes les preuves de sondage avec les sondeurs, assurons-nous de savoir ce que nous regardons et comment comprendre correctement chaque sondage pour décider « ce qui est bon ».

Tout d’abord, rappelez-vous qu’au Canada, le pourcentage de la trentaine est une zone délicate à évaluer. Obtenir deux points de pourcentage de plus ou de moins lorsqu’un parti est dans la trentaine peut se traduire par un énorme changement dans les résultats électoraux.  Lorsqu’un sondage indique qu’il y a 36 p. 100 d’appui pour un parti, la réalité à cet instant pourrait raisonnablement être de 38 p. 100 et approcher d’une majorité… ou 34 p. cent et peut-être même ne pas former le gouvernement du tout.

Nous allons probablement voir beaucoup de résultats dans la trentaine (certainement pour les conservateurs et libéraux), alors respirez à fond, restez calmes et soyez prêts à examiner chaque sondage attentivement.

Deuxièmement, la recherche scientifique repose entièrement sur la reproductibilité des résultats. Deux sondeurs qui font exactement la même chose exactement au même moment devraient obtenir des résultats pratiquement identiques. Le fait de prévoir un appui pour un parti deux p. cent plus élevé que dans un autre sondage est entièrement prévu et ne disqualifie ni l’une ni l’autre des études comme étant inexactes.

Toutefois, et cela est important pour vous aider à gagner des arguments sur les sondages électoraux, il n’y a pas deux sociétés de sondage qui semblent opérer de la même façon ces jours-ci, ce qui rend plus difficile la comparaison des sondages entre eux.

À examiner les méthodologies et les approches utilisées par chacune des douzaines d’entreprises qui ont publié des sondages récemment, on s’attendrait à voir des points communs généraux, mais en fait, pas deux sont identiques… et les différences d’un sondeur à l’autre peuvent être assez importantes.

Les différences vont bien au-delà de la question de savoir dans quelle mesure leur étude est réellement représentative de la population : s’ils font un sondage en ligne, en utilisant les intervieweurs traditionnels en direct (interview téléphonique assistée par ordinateur) ou les appels automatisés (réponse vocale interactive). Les différences comprennent :

  • Comment l’échantillon des personnes interrogées est-il construit? Les sondages en ligne recrutent des répondants de différents fournisseurs d’échantillons qui ont créé leurs groupes différemment et peuvent produire des biais uniques;
  • Comment différentes questions susciteront-elles des réponses différentes? Alors que quelques sondeurs utilisent un libellé assez similaire, plusieurs d’entre eux utilisent un libellé unique, voire certaines approches carrément étranges;
  • Les réponses de tous les électeurs sont-elles incluses? Certains se contentent de poser des questions et de faire rapport sur les électeurs « décidés », tandis que d’autres posent aux répondants indécis une question secondaire sur le « penchant » et font rapport sur les électeurs « décidés et enclins »;
  • Le sondeur mentionne-t-il tous les noms de parti? Presque tous les répondants à qui on présente les cinq/six (selon la région) partis « majeurs » — Conservateur, Libéraux, NPD, Vert, Bloc québécois, Parti populaire du Canada (PPC), mais certains excluent le PPC et un ne mentionne aucun parti du tout;
  • Comment les catégories de réponses sont-elles cadrées? Les catégories de réponses présentées aux répondants varient, quelques-unes fournissant le nom d’un chef ainsi que le parti et les noms des partis eux-mêmes sont exprimés de plusieurs façons différentes. Soit dit en passant, l’inclusion des noms des dirigeants est une influence potentiellement biaisée. Personne ne peut voter directement pour un chef de parti, de sorte que la pertinence d’inclure leurs noms est très discutable. Enfin, certains sondeurs fournissent une variété d’autres catégories de réponses (p. ex., ne voteront pas), d’autres identifient les partis et offrent peu d’options de réponse au-delà.

Bon nombre de ces variations devraient avoir peu ou pas d’incidence sur la réponse d’un répondant, mais certaines en auront, du moins dans une très faible proportion et sans plus de preuves, il est impossible de dire quelle approche biaise les résultats d’une manière particulière.

Étant donné que les principaux partis seront probablement dans la trentaine et que plusieurs partis se disputeront des pourcentages plus faibles, une très petite différence d’un sondage à l’autre – peut-être même la différence causée par l’inclusion du nom du chef du parti (qui, encore une fois, n’apparaît pas sur un bulletin de vote) – peut ressembler à un changement très important dans les résultats.

À tout le moins, sachez que même si nous comparerons des pommes à des pommes parmi les sondages d’intentions de vote, l’un sera une Macintosh, une autre une Granny Smith, et une autre sera une Red Delicious, alors ne supposez pas que les différences quotidiennes entre les différents sondeurs reflètent les changements réels chez les électeurs.

À moins ou jusqu’à ce qu’une occasion s’ouvre pour un parti ou une autre, si vous voyez un léger changement de classement d’un jour à l’autre, tempérez vos émotions en considérant que cela peut ne pas être réellement dû à un changement dans l’appui.

Simple, non?

L’économie, le coût de la vie et l’abordabilité

Dans Aperçu électoral de la semaine dernière, nous avons remarqué que les conservateurs avaient l’intention de cibler les libéraux sur les forces de M. Trudeau, la classe moyenne, en mettant l’accent sur le coût de la vie et en faisant appel aux Canadiens inquiets de leur avenir économique. Les sondages internes des principaux partis ont relevé l’abordabilité de la vie quotidienne comme principale préoccupation du public. Au cours de la première semaine, les initiatives stratégiques de presque tous les partis ont indiqué qu’il s’agirait d’un thème majeur de la campagne, ainsi que des mesures visant à aider les consommateurs en réglementant les frais et les coûts perçus par divers fournisseurs de services.

Si le gourou de la campagne de Bill Clinton, James Carville, avait raison en 1992 lorsqu’il disait : « C’est l’économie, imbécile », les libéraux commencent avec une main très forte. Depuis 2015, l’économie canadienne a créé plus d’un million de nouveaux emplois, un record impressionnant. Les libéraux peuvent aussi parler avec enthousiasme de l’Allocation canadienne pour enfants et de leur réduction d’impôt pour la classe moyenne. Afin de protéger la prospérité future et d’appuyer la croissance, les libéraux ont également conclu l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe, inclu le Canada dans l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), contre toute attente.

Pourtant, de nombreux Canadiens craignent pour leur avenir et celui de leurs enfants : des appréhensions généralisées persistent chez un large éventail de Canadiens. Celles-ci sont motivées par une variété d’enjeux, y compris les pertes d’emplois dues à la fermeture d’usines, les ralentissements dans le secteur des ressources, les retombées possibles des guerres commerciales inspirées par Trump, l’économie à la demande en plein essor et les menaces futures à l’emploi résultant de la robotique et la croissance de l’intelligence artificielle. Dans la plupart des cas, les partis politiques et les gouvernements ne peuvent pas empêcher ce genre de perturbations et de bouleversements économiques, mais ils peuvent dépenser et réglementer pour atténuer les incidences sur les électeurs et les consommateurs.

La guerre d’enchères 

Dans le but de stimuler le pouvoir d’achat des acheteurs de maison dans les marchés à prix élevé, les libéraux ont annoncé la semaine dernière un ajustement à leur programme d’Incitatif à l’achat d’une première propriété, qui fournit un supplément pour des acheteurs avec un acompte de moins de 20 p. cent du prix d’achat. La proposition ferait passer le plafond du prix des maisons admissibles de 500 000 $ à 800 000 $ et permettrait aux acheteurs ayant un revenu combiné maximal de 150 000 $, une augmentation par rapport au maximum précédent de 120 000 $, d’être admissibles à l’incitatif. Ils ont également promis une taxe nationale sur la spéculation étrangère pour faire baisser les prix des logements comme ils l’ont fait en Colombie-Britannique. Les libéraux ont promis de créer des centaines de milliers de places en garderie avant et après l’école pour les enfants de moins de dix ans et de réduire les frais de garde d’enfants de 10 p. cent partout au pays.

Au cours de la dernière semaine, les conservateurs ont proposé trois promesses de crédit d’impôt visant directement les électeurs en difficulté, la création d’une prestation de congé de maternité et de congé parental et le rétablissement du crédit d’impôt pour le transport en commun et de la taxe sur les arts et l’apprentissage des enfants, soit deux initiatives du gouvernement Harper abolies par les libéraux. Andrew Scheer a promis une réduction importante du taux d’imposition sur la tranche d’imposition la plus basse, le revenu imposable inférieur à 47 630 $ de 15 % à 13,75 %. Le parti a déclaré que la réduction permettrait au contribuable unique moyen d’économiser environ 444 $ par année et un couple à deux revenus environ 850 $ par année sur une période de quatre ans. En choisissant cette forme de réduction d’impôt, les conservateurs ont veillé à ce que le programme soit universel, avec tout le monde qui gagne la prestation, peu importe le revenu.

Le NPD s’est également aventuré sur le territoire du coût de la vie et de l’abordabilité. Le document de vision du NPD promet des investissements dans les soins de santé, le logement abordable et les services de garde d’enfants pour « s’attaquer aux choses qui empêchent les gens de dormir la nuit et s’assurer que tout le monde peut se permettre une bonne vie ». Premier sur la scène la semaine dernière était un plan visant à plafonner le prix des téléphones cellulaires et d’Internet pour permettre aux familles d’économiser environ 250 $ par an et l’introduction d’une déclaration des droits des consommateurs de télécommunications. Le NPD promet également « d’exiger des fournisseurs de services qu’ils offrent des plans de base qui répondent aux besoins des Canadiens qu’ils mettent fin aux plafonds des forfaits Internet et qu’ils exigent des entreprises qu’elles offrent des forfaits de données abordables et illimités pour les téléphones cellulaires ».

Le Parti Vert a publié hier sa plate-forme volumineuse avec plusieurs mesures qui traitent de l’abordabilité et de l’anxiété par rapport à l’avenir du travail. Ils ont promis de plafonner les taux d’intérêt des cartes de crédit, de limiter les frais de guichet automatique et de forcer une plus grande concurrence et des prix plus bas pour les services de télécommunications. Ils ont également promis des investissements importants dans les programmes de transition pour les travailleurs forcés de quitter le travail par le passage à une économie verte.

Les dangers d’une campagne de bulles

Par Rick Anderson

Il y a trois circonstances dans lesquelles les partis politiques adoptent des « campagnes de bulles », c’est-à-dire ne pas prendre de risque et protéger leurs dirigeants des questions embarrassantes des journalistes, des animateurs de débat, les uns des autres et des électeurs en général :

  • Ils sont les coureurs de tête (ou se croient tels) cherchant à mener la campagne à bien (une stratégie dangereuse si déployée pendant plus de quelques jours);
  • Ils souhaitent éviter des questions ou des sujets particuliers; et
  • La campagne manque de confiance dans les connaissances et/ou les compétences du chef.

Il y a certainement ceux qui dépeignent les libéraux comme étant en tête, et c’est peut-être le sens dominant dans leur salle de guerre. Mais je pense qu’ils sont plus intelligents que de le croire. C’est une élection serrée, la plus proche depuis plusieurs années.

Les données sur l’opinion publique n’appuient pas vraiment la notion selon laquelle les libéraux seraient en tête. Les libéraux et les conservateurs font match nul virtuel 34-34 aujourd’hui, comme ils le font depuis les dix-huit derniers mois, depuis la lune de miel exceptionnellement longue de Trudeau en fin mars 2018. Les libéraux ont parfois vu des avances de cinq ou six points au cours de l’automne 2018, mais en janvier de cette année, celles-ci s’étaient amenuisées à seulement deux ou trois points. Et c’était avant même que la question SNC n’éclate en manchettes et en démissions.

Depuis ce temps, tout au long du printemps, les conservateurs ont mené les libéraux de six points. Au cours de l’été, les libéraux sont revenus à la course à égalité d’aujourd’hui.[1]

Certaines projections de sièges semblent donner aux libéraux plus d’assurance de la victoire, grâce à la « sagesse » du moment qui veut que la distribution des votes favorise les libéraux. Cela dépend bien sûr de l’utilisation des données nationales pour examiner les courses locales, une proposition dangereuse. Cela dépend aussi grandement des hypothèses de participation, dont presque personne ne parle, bien que les personnes qui se présentent aux urnes sont souvent déterminantes pour les résultats.

Les jeunes ont aidé Trudeau à gagner en 2015 et pourraient le faire de nouveau en 2019. C’est un souvenir réconfortant pour les âmes libérales.

D’autre part, ceux qui ont des souvenirs plus longs se souviennent de 1972, première campagne de réélection de Pierre Trudeau. S’appuyant sur le thème de la campagne « La terre est forte », les libéraux de Trudeau ont battu les progressistes-conservateurs de Stanfield de trois points (38 % à 35 %).

Mais Pierre Trudeau a à peine remporté une victoire minoritaire, avec 109 sièges contre 107.

Ou encore l’élection cauchemardesque de 1979, que Pierre Trudeau a perdue face à Joe Clark, à 136 sièges contre 114. Le vote populaire? En fait, les libéraux l’ont emporté, de 40 % à 36 %.

Même si tous les types d’électeurs se sont uniformément présentés aux urnes (une rareté), l’idée que n’importe quel parti peut gagner une majorité avec seulement 34 % exige une analyse.

Les trois majorités les plus minces des soixante dernières années [REMARQUE : et peut-être depuis 1867, à confirmer] étaient trois des majorités les plus récentes du Canada :

  • 1997    Jean Chrétien             38,5 %
  • 2015    Justin Trudeau            39,5 %
  • 2011    Stephen Harper          39,6 %

Le sondage de CBC place actuellement les libéraux en deuxième place (vraiment, à égalité) avec 33,6 %.[2]

La seule fois où un Canadien a remporté une majorité avec un nombre comme celui-là a été John A. Macdonald en 1867.

John A. a gagné avec seulement 34,8 % – mais il l’a fait en :

  • Se présentant simultanément à la tête du Parti conservateur ET du Parti libéral-conservateur (gagnant 71 sièges sous la bannière conservatrice et 29 sièges sous la bannière L.-C.);
  • Se présentant contre un Parti libéral sans chef officiel, et dont l’homme d’état George Brown, chef informel, n’avait pas été élu au Parlement à l’époque (ni à aucune législature avant ou après la Confédération);
  • Se présentant contre 143 candidats d’affiliation indépendante ou inconnue, dont précisément zéro ont été élus.

Cette configuration bizarre de 1867 est le seul « précédent » pour prédire que les résultats des sondages d’aujourd’hui se traduisent par une majorité pour n’importe qui.

Les données publiées sur les sondages ne devraient pas donner aux stratèges de la campagne libérale avisés ce sentiment de favori ni le sentiment qu’une campagne mirage avec une disponibilité limitée de chef. Plus probablement, ils aiment que leur campagne ait exactement besoin de ce dont la campagne d’Andrew Scheer a besoin : obtenir quatre ou cinq points supplémentaires de soutien public. Personne ne va se lâcher prise dans cette campagne jusqu’à ce qu’ils obtiennent les 37 %, 38 %, 39 % ou 40 % généralement nécessaires pour former un gouvernement majoritaire.

Alors pourquoi une campagne du bonheur?

Deux autres théories plausibles me viennent à l’esprit.

Tout d’abord, la cellule de crise libérale a dû regarder le lancement de la campagne de la semaine dernière se dérouler avec consternation, dominée par des questions sur le sujet de SNC-Lavalin, des enquêtes de la GRC et de l’accès bloqué aux documents recherchés.

Deuxièmement, les cotes d’approbation.

Il est difficile de se souvenir d’une campagne au cours de laquelle les chefs des trois partis traditionnels avaient des cotes d’approbation nettes inférieures à zéro. Mais c’est ce que nous avons aujourd’hui.

Selon le « Leader Meter » [3] de CBC, la moyenne des dix derniers sondages porte le classement net de ces quatre chefs (approbation moins désapprobation) de la façon suivante :

  • Elizabeth May             + 17
  • Jagmeet Singh            – 10
  • Andrew Scheer           – 12
  • Justin Trudeau            – 22

Dans l’état actuel des choses, le fait est que personne ne jouit encore du statut de favori dans cette élection. On soupçonne que les électeurs préfèrent les choses ainsi, pour l’instant au moins.

De même, tous les participants le savent, s’ils sont aussi intelligents que nous le pensons. Et, on soupçonne, très probablement leurs intuitions sont comme Yogi Berra – que cette élection ne sera pas terminée jusqu’à ce qu’elle soit terminée.

 

ÉCOUTEZ (version anglaise) : Kathleen Monk, stratégiste néo-démocrate, est avec Vassey Kapelos de l’émission Power and Politics de CBC/Radio-Canada pour discuter de la stratégie du parti lorsque les candidats sélectionnés sont scrutés à la loupe.

 

 

 

REGARDEZ (version anglaise) : Alors que les candidats de divers partis commencent à abandonner la course, Charles Bird, stratège libéral d’Earnscliffe, se joint à CBC News pour expliquer comment la prévalence des médias sociaux influe sur le processus de sélection.

 

Les slogans de la campagne et la question du scrutin

Par Geoff Norquay

La lutte pour établir la question du scrutin est la tâche cruciale pour chaque parti lors d’une élection nationale. La question du vote est le principal facteur de différenciation de chaque parti, l’expression stratégique qui résume son positionnement vis-à-vis de ses concurrents et encadre le choix à faire par les électeurs.

Une fois que la question du scrutin est réglée, elle doit être effectivement cadrée dans un slogan, une expression qui résume l’essence de la campagne pour chaque parti. Espérons que ce slogan est accrocheur et concis, encore mieux s’il intègre une rime ou s’il est allitératif. Il doit également être accessible, soit facile à comprendre et à retenir. S’il fait songer et réfléchir les gens pendant un instant parce qu’il peut être lu sur plusieurs niveaux, il sera probablement encore plus efficace.

Les partis politiques du monde entier ont créé des slogans de campagne mémorables au fil des ans, certains réussis et d’autres, pas tellement :

 

  • « A new deal » : Franklin Delano Roosevelt, parti démocratique des É.-U., 1932 – Premier slogan moderne, il a complètement changé la campagne politique.
  • « I like Ike » : parti républicain des É.-U., 1952 – Calembour sur le surnom de leur candidat, Dwight D. Eisenhower.
  • « Le pays est fort » : Parti libéral canadien, 1972 -En fait, le pays n’était pas fort; il était en récession et tout le monde le savait. Le slogan a été ridiculisé et le gouvernement de Pierre Trudeau a été réduit à une minorité.
  • « Keep the bastards honest »: Démocrates australiens, 1977 – L’approche directe!
  •  « Labour isn’t working » : Conservateurs du R.-U., 1979 – Combiné avec une image d’une longue ligne d’attente de chômeurs, ce slogan a été extrêmement efficace. Les conservateurs affirment qu’il a remporté l’élection pour Margaret Thatcher.
  •  « The answer is Liberal » : Parti libéral australien, 1990 – Un peu un désastre : Le leader travailliste Bob Hawke l’a démoli avec le commentaire, « Si la réponse est libérale, cela doit avoir été une question très stupide! »
  • « HOPE » : Barack Obama, 2008 – Jumelée avec une image brillante de Barak Obama, il était tout simplement emblématique.

Dans la campagne actuelle, aucun parti n’a frappé ce coup de circuit, mais ils ont fait preuve d’une certaine pensée stratégique :

  • Les libéraux vont de l’avant avec « Choisir d’avancer », ce qui, dans les premiers jours de la campagne, leur a permis d’inviter des comparaisons entre eux et Stephen Harper et Doug Ford, même s’ils ne sont pas sur le bulletin de vote.
  • Andrew Scheer et les conservateurs ont choisi « Plus. Pour vous. Dès maintenant », ce qui est directement lié à l’accent mis sur le coût de la vie, l’abordabilité et les préoccupations des électeurs au sujet de la sécurité d’emploi future.
  • Le NPD a choisi « On se bat pour vous », ce qui leur permet de qualifier les libéraux et les conservateurs de plus préoccupés par les intérêts acquis et les grandes entreprises que par les gens ordinaires.
  • Le Parti Vert va avec« Ni à droite ni à gauche. Vers l’avant ensemble.», un appel pour les électeurs de délaisser le confortable et de choisir une nouvelle bannière.
  • Le Parti populaire a choisi « Fort et libre », une approche traditionnelle pour un parti faisant appel à des valeurs traditionnelles.

Que le meilleur slogan gagne!

Les médias et la recherche d’un récit pour les élections de 2019

Par Elly Alboim

Une élection est souvent un concours entre des histoires ou des récits contradictoires. Les politiciens essaient de créer une question de vote, de tisser une histoire autour d’elle et de s’y associer. Les médias font de même, mais avec des critères et des objectifs différents.

La culture des médias privilégie la narration comme principal moyen d’organiser et de transmettre de l’information. Elle tente de créer des séquences narratives pour situer des faits, des événements et des personnalités dans des récits dramatiques convaincants afin de les rendre plus compréhensibles et attrayants pour les consommateurs de nouvelles. Le résultat final, comme beaucoup de critiques des médias l’ont dit, est que l’intéressant l’emporte sur l’important.

Les médias abordent cette tâche de façon prévisible. Ils favorisent les « nouvelles » (et leur immédiateté et urgence implicites) bien que les élections soient davantage liées à l’exposition répétitive et progressive de la politique et de la promesse par les candidats et leurs partis.

La stratégie la plus importante cependant est l’imposition du narratif des médias pour cadrer l’exercice et l’imprégner de caractéristiques convaincantes qui suscitent l’intérêt. Le récit médiatique a deux composantes dominantes – l’état de la compétition (la course de chevaux) et comme c’était vrai depuis l’époque du drame grec, les courbes de l’histoire qui caractérisent les personnalités qui sont les acteurs principaux dans le portrait global du drame.

Les sondages ont établi qu’à l’heure actuelle, le résultat est trop proche pour déterminer et peut même ne pas produire un résultat clair. Ils ont légitimé l’histoire la plus prisée : la course de chevaux ou l’événement sportif avec toutes les possibilités qui crée pour se concentrer sur la stratégie, le rendement et l’élan. Et dans un spécial deux pour une, il n’y a pas que la course pour la première, il y a aussi la course à la troisième place entre le NPD et le Parti Vert.

À la fin de la première semaine, les tentatives des dirigeants et des partis de cadrer leurs questions de vote et leurs annonces politiques ont pris la place arrière pour handicaper les courses de chevaux.

Ce qui ne s’est pas encore solidifié, c’est l’autre patte de la chaise dans le narratif des médias – les lignes de l’histoire qui définissent les leaders, bien que certaines d’entre elles émergent.

Justin Trudeau

En 2015, M. Trudeau était le « nouvel insurgé politique » qui promettaient de mettre fin aux années sombres de Harper. De toute évidence, cela est bien derrière lui maintenant. Ses efforts pour que l’électorat regarde vers l’avenir ont été émoussés par l’insistance des médias (et de l’opposition) à regarder en arrière. Il peut encore devenir le héros qui a surmonté des difficultés importantes pour être une fois de plus le choix du peuple. Ou il pourrait représenter la chute classique de la grâce d’un leader luttant pour la rédemption et une seconde chance. Moins dramatique et peut-être plus probable, serait l’histoire simple de contraste – devenant le choix par défaut parmi un ensemble de leaders qui ne parviennent pas à inspirer.

Andrew Scheer

Les médias ont également eu du mal à trouver un moyen cohérent de caractériser M. Scheer. À ce stade, le cadrage le plus commun est qu’il est plutôt terne et n’a pas encore réussi à se définir ou à se faire définir par d’autres. Les libéraux ont travaillé d’arrache-pied pour le diaboliser comme un conservateur social dogmatique et un acolyte de la réduction du gouvernement à la Stephen Harper et à la Doug Ford. Les médias ont fait rapport sur ces thèmes, mais jusqu’à présent du moins, ils semblent peu convaincants.

Scheer lui-même fait la promotion du discours selon lequel il est le leader qui rendra la vie plus abordable pour les Canadiens. En définissant son cadrage global de façon étroite, M. Scheer laisse ouvertes des questions plus larges sur la façon dont il gérerait l’économie en période d’incertitude et comment il représenterait le Canada sur la scène mondiale.

Jagmeet Singh        

La performance de Jagmeet Singh dans les débats a fait une différence dans le récit médiatique en grande partie en raison des attentes indûment faibles qu’ils détenaient de lui. Bien que l’auditoire du débat aurait été assez restreint, la ligne qui émerge dans les médias pour M. Singh semble être la plus claire de toutes en ce moment. Dans l’attente d’un recul important ou d’une diminution des résultats des sondages, il est devenu la personnalité du redressement électoral de 2019, dépassant les attentes, se détachant et rajeunissant les chances du NPD.

Elizabeth May

La première semaine de Mme May a laissé entendre qu’elle fait l’objet de surveillance et d’un examen rigoureux alors que les médias tentent de prendre sa mesure. Le fait que le Parti vert soit plus compétitif et puisse tenir l’équilibre du pouvoir a attiré l’attention sur son ensemble de politiques, son équipe et son ensemble de convictions personnelles avec des résultats résolument mitigés. En une courte semaine, le cadrage des médias a changé pour se concentrer sur ses vulnérabilités par opposition à sa proposition de base. Il ne fait aucun doute de son authenticité, de sa fluidité et de son confort de débat, mais la première semaine a montré qu’elle risquait d’être marginalisée par les médias avec un récit de dépassement et de ne pas être tout à fait prête pour les heures de grande écoute.

Questions de cadrage des médias

Le cadrage des médias est important pour façonner le monde pour des gens qui ne sont pas profondément partisans ou idéologiques. Les médias ne peuvent pas dire aux gens quoi penser, ils sont plus que capables de décider par eux-mêmes. Mais ils fournissent des indices sur ce qu’il est important pour eux de considérer. Et les récits médiatiques ont tendance à devenir des sagesses conventionnelles.

Cliquez ici pour lire l’article complet sur Capital Current.

 

ÉCOUTEZ (version anglaise) : Mary Anne Carter, consultante principale chez Earnscliffe, s’est entretenue avec Amanda Connolly, du Bureau parlementaire de Global News, au sujet de la sélection des candidats aux élections à l’ère des médias sociaux, sur leur nouveau podcast “Wait, There’s More”.

 

 

 

ÉCOUTEZ (version anglaise) : Yaroslav Baran, conseiller en communications de crise chez Earnscliffe, explique ce qui se passe lorsque la crise frappe pendant le lancement d’une campagne et comment passer outre la controverse et revenir à votre message à l’émission The House de la CBC.

Les sondages

Dans les championnats de Formule 1, il y a généralement deux ou trois équipes avec une chance réaliste de victoire et tout le monde se bouscule pour être le meilleur du reste. Dans cette élection fédérale, nous avons deux équipes avec une chance réaliste de gagner, mais contrairement à la F1, les résultats du reste des partis auront effectivement un impact sur le gagnant de l’élection.

Les derniers sondages nous indiquent que les libéraux et les conservateurs sont au coude à coude et qu’aucun des deux ne semble avoir plus de 35 % des voix. La plus faible proportion de votes jamais remportée au Canada était de 35,9 % enregistrée par le Parti progressiste-conservateur en 1979. Au cours de cette élection, les libéraux ont reçu beaucoup plus de votes (40,1 %) mais n’ont remporté que le deuxième plus grand nombre de sièges.

À l’heure actuelle, le rendement du NPD, du Parti Vert, du BQ et/ou du PPC, en particulier à l’échelle régionale, sont des indicateurs clés à surveiller.

Élection 2019 Dates Clés

  • 26 septembre 2019, 14 h, heure locale – Date limite de mise en candidature
  • 1 octobre 2019 – Débat Munk sur la politique étrangère
  • 2 octobre 2 2019 – Débat des chefs à TVA, en français
  • 7 octobre 2019 – Ouverture des scrutins anticipés
  • 7 octobre 2019 – Débat des chefs, en anglais
  • 10 octobre 2019 – Débat des chefs, en français
  • 21 octobre 2019 – Jour de l’élection

 

LISEZ (version anglaise) : Dans sa dernière chronique pour le Toronto Star, Robin Sears, stratège néo-démocrate chez Earnscliffe, soutient que les candidats doivent être honnêtes au sujet de leur passé pendant le processus d’approbation des candidatures électorales.

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[1]https://newsinteractives.cbc.ca/elections/poll-tracker/canada/

[2]https://www.cbc.ca/news2/interactives/leadermeter/

[3]https://www.cbc.ca/news2/interactives/leadermeter/