« PORTRAIT INSTANTANÉ » DE LA MISE À JOUR ÉCONOMIQUE

« PORTRAIT INSTANTANÉ » DE LA MISE À JOUR ÉCONOMIQUE

Aujourd’hui, les Canadiens ont appris le coût de la réponse fédérale à la pandémie de COVID-19 : un déficit prévu de 343,2 milliards de dollars pour l’exercice fiscal 2020-2021 et une dette nationale qui, pour la première fois, franchit la barre du billion de dollars. Le portrait économique et fiscal du ministre des Finances, M. Morneau, a révélé que les économistes du secteur privé s’attendent à ce que le PIB réel diminue de 6,8 % en 2020, avant de rebondir de 5,5 % en 2021. Le gouvernement a ajouté que si les pires impacts économiques de la pandémie sont derrière nous, le retour à la normale sera « progressif et inégal », et sera lent dans des secteurs tels que le commerce, le détail, les voyages, les divertissements, l’hébergement et le tourisme. Abordant la transition des programmes actuels de soutien face à la pandémie, la mise à jour signale les changements à venir de la SSUC, le programme de subvention salariale, pour « stimuler la réembauche, fournir un soutien aux entreprises pendant la réouverture et les aider à s’adapter à la nouvelle normalité ». Reflétant l’incertitude du comportement des consommateurs et des entreprises au moment de la réouverture de l’économie nationale, la mise à jour limite les projections budgétaires et de recettes à l’exercice en cours, et ne présente pas de plan de relance économique.

CONTEXTE

En 2002, l’ancien secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld est devenu célèbre pour son évaluation des différentes dimensions de la mesure des risques dans des situations complexes. Il a déclaré qu’il existe des « connaissances connues » — les choses que nous savons que nous savons; des « inconnus connus » — les choses que nous savons que nous ne savons pas; et des « inconnus inconnus » — les choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas.

L’avènement de la COVID-19 et les ravages qu’elle a causés aux populations et aux économies du monde entier constituent l’ultime « inconnu » de notre époque. Bien que des avertissements aient été lancés à l’avance sur le fait que quelque chose comme cela pourrait se produire, le quand, le pourquoi et le comment étaient inconnus. Au fur et à mesure que nous avons acquis une certaine connaissance du virus, ce que nous pensons savoir sur le virus, son mode d’action et la meilleure façon de le contrer, a constamment évolué. Même parmi les experts, la valeur des masques faciaux a d’abord été qualifiée d’« illusoire », mais leur utilisation est maintenant de plus en plus obligatoire dans tout le pays lorsque les gens se trouvent dans des lieux publics intérieurs.

Pour le gouvernement fédéral et le ministre des Finances Morneau, qui préparent l’aperçu financier d’aujourd’hui, le plus grand défi se situe dans la catégorie des « inconnus connus ». À quel rythme la reprise prendra-t-elle forme et avancera-t-elle? Une deuxième vague arrivera-t-elle et nous ramènera-t-elle tous à la case départ? Comment le gouvernement devrait-il prolonger, modifier ou supprimer progressivement les programmes de soutien face à la pandémie, afin de faciliter la transition vers un retour à la normale tout en protégeant ceux qui en ont encore besoin? Comment gérer et rembourser les milliards de dettes engendrés par les dépenses d’urgence? Quand et comment le gouvernement commence-t-il à s’attaquer au programme politique sur lequel il a été élu en octobre dernier?

En règle générale, une mise à jour économique résume les développements et les tendances depuis le dernier budget, présente les dernières données sur les dépenses et le rendement économique et offre des prévisions pluriannuelles actualisées sur la croissance, les dépenses et les recettes, le déficit et la dette. Les nombreuses incertitudes causées par la pandémie ont obligé le gouvernement à annuler le budget prévu en mars et à transformer la mise à jour d’aujourd’hui en un « portrait budgétaire instantané » accompagné de quelques comparaisons internationales.

SURVOL

Comme le montre le tableau A2.4, les recettes budgétaires fédérales seront touchées par la pandémie à hauteur de 72,2 milliards de dollars. Ces recettes réduites, combinées aux quelque 240 milliards de dollars dépensés dans les programmes de soutien aux particuliers et aux entreprises pour faire face à la COVID-19, se traduisent par un déficit annuel de 343,2 milliards de dollars pour l’exercice financier en cours. Ce déficit fera passer le niveau prévu de la dette fédérale à un peu plus de 1 000 milliards de dollars, ce qui constitue une première.

LES PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES

Les économistes du secteur privé consultés par Finances Canada s’attendent à une baisse du PIB réel de 6,8 % pour 2020, suivie d’une reprise de 5,5 % en 2021. Après avoir culminé à plus de 13 % au deuxième trimestre de 2020, les économistes prévoient une baisse du taux de chômage à un peu plus de 7 % au quatrième trimestre de 2021.

ANALYSE

Une sombre perspective

La plupart des chiffres contenus dans la mise à jour ont déjà été communiqués auparavant, mais mis ensemble, ils brossent un tableau sombre du carnage :

  • 5,5 millions de personnes ont perdu leur emploi ou ont vu leurs revenus diminuer;
  • Des déclins considérables dans des secteurs comme l’hôtellerie, les compagnies aériennes et les services (décrits comme l’« épicentre des dommages ») qui seront très lents à se redresser;
  • Une chute spectaculaire du PIB (bien que les prévisions moyennes du secteur privé prévoient que la majeure partie du déclin de 2020 sera inversée en 2021).

Le rapport consacre beaucoup d’encre à délimiter l’impact négatif et inégal de la crise sur les femmes, les personnes à faible revenu et défavorisées, les Autochtones et les minorités visibles. Le rapport « Analyse comparative entre les sexes Plus » est très complet et ouvre probablement la voie à d’autres programmes de soutien ciblés.

Le soutien du Canada face à la pandémie en contexte

Il y a une justification déterminée pour les dépenses massives qui ont été conçues, affirme le ministère des Finances, pour transférer la dette potentielle des gens au gouvernement alors qu’ils étaient obligés de rester chez eux. La mise à jour présente une preuve surprenante que les programmes de soutien du gouvernement aux individus ont, dans l’ensemble, compensé toutes les pertes de revenus subies jusqu’en mai. Le document utilise des tableaux internationaux comparatifs pour mettre en contexte la réponse du Canada à la COVID-19, qui est en grande partie positive. Le document traite en détail des niveaux prévus de la dette – plus d’un billion de dollars – en essayant de minimiser les conséquences à long terme, y compris un ratio dette/PIB de 49,1 % (bien en deçà des sommets historiques, y compris les 70% presqu’atteints en 1995 qui ont conduit au budget d’austérité sévère) et en exposant le coût minimal du service de la dette par une dépendance à long terme sur l’effet de levier des taux d’intérêt actuels.

CHANGEMENTS À VENIR EN CE QUI CONCERNE LA SUBVENTION SALARIALE

En rapprochant les chiffres budgétaires, le niveau de déficit prévu (343,2 milliards de dollars) est nettement plus élevé que ce qui avait été prévu. C’est la combinaison de l’impact économique sur les recettes du gouvernement en dehors des mesures de soutien (81,3 milliards de dollars), de l’argent dépensé jusqu’à présent en réponse à la COVID-19 et des fonds supplémentaires (50 milliards de dollars) alloués à la subvention salariale d’urgence canadienne (SSUC). Le document promet des modifications à ce programme qui porteront son coût de 50 milliards de dollars à 82,3 milliards de dollars, soit bien plus que ce qui a été dépensé jusqu’à présent et qui le portera au-delà de la PCU. L’objectif est de faire passer les gens de la PCU à la SSUC. La SSUC ne devrait pas augmenter beaucoup pour atteindre 80,6 milliards de dollars, ce qui indique peut-être qu’elle est confrontée à une élimination progressive ou à une reconversion en programme d’AE, qui a reçu 10 milliards de dollars supplémentaires aujourd’hui. Le gouvernement avait demandé aux intervenants d’apporter leur contribution sur la subvention salariale à la fin du mois de mai. Les résultats de cette consultation sont toujours en attente, car le ministère des Finances a examiné les contributions pour voir quels changements et ajustements nécessiteront des mesures législatives. Compte tenu des préoccupations de l’industrie, notamment en ce qui concerne la prolongation du programme, et de la question de savoir si et comment il sera réduit au fur et à mesure de la reprise économique, les solutions ne sont pas encore prêtes et n’ont été que brièvement évoquées dans la mise à jour d’aujourd’hui.

Un aspect qui a été signalé à plusieurs reprises est l’inclusion éventuelle des entreprises qui dépendent des services d’agences de paie tiers, un groupe qui n’a pas pu bénéficier de la subvention jusqu’à présent. Avec l’impératif politique et économique de relancer l’économie, il est probable que les critères d’admissibilité à la SSUC soient élargis et que le programme soit prolongé jusqu’à l’automne 2020 pour appuyer l’économie face à une éventuelle deuxième vague du virus. Le ministre a également signalé des changements importants pour élargir la portée et la durée du programme et pour faire face à l’effet dissuasif du programme causé par le seuil rigide d’une perte de revenus de 30 % pour être admissible. Les entreprises perdent leur admissibilité si leurs pertes de revenus baissent d’un peu plus de 29 % et cela signifie qu’elles perdent la subvention qu’elles reçoivent par employé. Il y a donc une incitation à maintenir les pertes à 30 % ou plus, ce qui réduit l’activité économique.

INCERTITUDE FACE À L’AVENIR

L’incertitude du gouvernement quant à l’évolution future de la pandémie et de l’économie apparaît clairement dans le document d’aujourd’hui et il ne fera pas tant plus pour répondre aux demandes pour plus de clarté et pour un plan de relance. Il explique la réticence du gouvernement à produire autre chose qu’un « portrait instantané » et même à cela, le document fait tout son possible pour mettre l’accent sur les inconnus et les risques potentiels de baisse des hypothèses économiques et budgétaires, en disant à un moment donné qu’essayer de faire des prévisions sur un an n’est « pas possible » dans les conditions actuelles et pourrait même être « trompeur ».

Le regard prospectif est pessimiste et présente les pires scénarios possibles en raison de la peur des consommateurs, de l’incertitude des entreprises et d’une deuxième vague probable d’infections (bien qu’il suggère que nous devrions surmonter cette situation un peu plus facilement en raison des leçons retenues). Ces deux scénarios envisagent des baisses beaucoup plus importantes du PIB.

En décrivant les trois étapes de la crise et les réponses des gouvernements, la mise à jour prévoit un passage de « confinement » à une seconde période presque indéfinie de « réouverture contrôlée », et suggère que « la reconstruction et la reprise » ne se produiront pas tant qu’un vaccin ne sera pas disponible.

Le ministère des Finances définit trois obstacles au rétablissement de la confiance qui conduirait à une augmentation de l’activité économique. Premièrement, les préoccupations persistantes des consommateurs (« la peur de sortir »), deuxièmement, l’incertitude générale concernant l’emploi, la reprise et l’impact des « cicatrices » économiques permanentes, et troisièmement, l’impact de l’incertitude des entreprises sur l’embauche et l’investissement.

L’essentiel du document est une rétrospective de l’ampleur de la crise, des niveaux de soutien nécessaires pour les particuliers et les entreprises et des dommages économiques continus causés aux personnes les plus touchées.

Ce qui est peut-être un peu surprenant, c’est qu’une section du document traite de l’aspect sanitaire de la pandémie, en suivant les efforts de confinement du Canada et en exposant les critères généralement utilisés par les autorités de santé publique pour étendre la réouverture. Dans cette section, le gouvernement double les conditions qu’il souhaite voir imposées dans huit domaines distincts avant de transférer les 14 milliards de dollars promis aux provinces. Jusqu’à présent, aucune avancée publique n’a été enregistrée dans ces négociations avec plusieurs provinces qui ont déclaré qu’elles n’accepteraient aucune conditionnalité. L’ampleur des dépenses fédérales jusqu’à présent et les projections éclipsent ce transfert proposé aux provinces et créent peut-être un doute sur ce que peuvent acheter ces 14 milliards de dollars en ces temps nouveaux.

EN CONCLUSION

Enfin, tout au long de la pandémie de COVID-19, le gouvernement a largement évité les erreurs non provoquées. Avec un déploiement sans précédent de nouvelles politiques et de nouveaux programmes, à un volume et une vitesse jamais vus auparavant, les maladresses politiques et de communication ont été minimes. Cependant, la coopération et la collaboration politiques – entre les partis et entre le gouvernement fédéral et les provinces – commencent maintenant à s’effilocher. Les négociations avec les provinces sur les transferts promettent d’être une lutte acharnée et le lancement raté de la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant de WE (et la découverte que le premier ministre ne s’est pas récusé de la décision du cabinet) a soudainement fait monter la pression politique alors que nous entrons dans les mois d’été.